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Commencement du Printemps

Commencement du Printemps Poésie

「春日春盘细生菜,忽忆两京梅发时。」

Début du terme solaire: 2027-02-03 – 2027-02-05
Au Début du printemps, Du Fu se laisse saisir par le souvenir : les jeunes pousses du plateau printanier réveillent en lui l’image ancienne de la splendeur des deux capitales. Les poèmes consacrés à ce terme solaire célèbrent souvent la joie…

Les poèmes du Début du printemps mêlent souvent la joie d’accueillir la nouvelle saison au soupir que suscitent le temps et la destinée. Dans “春日春盘细生菜”, Du Fu fait du plateau printanier le déclencheur du souvenir de l’ancienne prospérité des deux capitales ; dans “春牛春杖,无限春风来海上”, Su Shi évoque la coutume du bœuf de printemps et du rituel de son fouet.
Le Début du printemps se situe précisément au passage de l’ancien au nouveau. Certains poètes inscrivent leur espérance dans le vent printanier ; d’autres, au seuil de l’année, déplorent une existence errante. “明年何处看升平” dit tout des pensées d’un voyageur loin de chez lui au retour du printemps. Bannières printanières, ornements colorés, bœufs de terre et laboureurs composent ensemble l’une des fresques de coutumes les plus vivantes du jour du Début du printemps.

Commencement du Printemps / Poésie

Poésie de Commencement du Printemps

Chanter les saisons · Donner voix au cœur
立春偶成

立春偶成

Dynastie Dynastie Song
Auteur Zhang Shi
Forme Poème

Vers originaux:

律回岁晚冰霜少,春到人间草木知。

便觉眼前生意满,东风吹水绿参差。

Traduction moderne:

À l’approche de la fin de l’année, le cycle revient et le yang recommence à croître ; glace et givre se font peu à peu plus rares. Le printemps arrive dans le monde des hommes, et les herbes comme les arbres sont les premiers à le savoir. Soudain, tout ce qui s’offre au regard paraît débordant de vie. Le vent d’est souffle sur l’eau, où se déploient des ondulations vertes, inégales et superposées.

Analyse:

Avec la sensibilité particulière d’un penseur néoconfucéen, Zhang Shi saisit l’instant subtil où l’hiver cède la place au printemps. “律回岁晚” situe le Début du printemps dans ce moment particulier où il tombe souvent encore durant le douzième mois lunaire ; les trois caractères “冰霜少” rendent avec une grande justesse le processus par lequel le froid se retire peu à peu.
“春到人间草木知” est devenu un vers célèbre à travers les siècles. Le poète ne dit pas que les hommes savent que le printemps est arrivé : il fait des herbes et des arbres les premiers à le percevoir. Le sentiment humain se projette ainsi sur le monde naturel, comme si la végétation avait été la première à respirer le souffle du printemps. Le Début du printemps, premier moment de l’année, acquiert ainsi une qualité vivante et presque spirituelle.

Les deux derniers vers reviennent au paysage présent. Les trois caractères “生意满” constituent le véritable œil du poème : ils ne décrivent pas seulement l’eau printanière et ses reflets verts, mais une force de vie intérieure, vigoureuse et expansive, révélant la conception néoconfucéenne de l’auteur sur la vitalité inhérente à toute chose.

立春日

立春日

Dynastie Dynastie Song
Auteur Lu You
Forme Poème

Vers originaux:

江花江水每年同,春日春盘放手空。

天地无私生万物,山林有处著衰翁。

牛行已辨泥香动,鸟语方知日暖融。

老去情怀非宿昔,尚因书卷答春风。

Traduction moderne:

Les fleurs au bord du fleuve et les eaux du fleuve semblent identiques d’année en année. Le jour du Début du printemps, le plateau printanier se trouve devant moi, mais je n’ai guère le cœur à y toucher et le laisse intact. Le Ciel et la Terre sont sans préférence et donnent vie à toutes choses ; dans les montagnes et les forêts, il demeure encore un lieu où ce vieil homme affaibli peut trouver refuge. Au pas des bœufs, on perçoit déjà le parfum de la terre qui s’éveille ; au chant des oiseaux, on comprend que la lumière du jour est devenue plus douce et plus tiède. Avec l’âge, mes sentiments ne sont plus ceux d’autrefois, mais je continue de répondre au vent de printemps par les livres et l’écriture.

Analyse:

Au-delà de la joie du Début du printemps, Lu You introduit dans ce poème une méditation profonde sur le grand âge. “江花江水每年同” exprime la permanence du cycle naturel, tandis que “春日春盘放手空”, par le seul caractère “空”, révèle la distance intérieure du poète à l’égard du mets saisonnier placé devant lui.
Le distique “天地无私生万物” reprend une pensée d’inspiration taoïste et célèbre l’impartialité de la nature ; “山林有处著衰翁” ramène ensuite le regard vers le poète lui-même : bien qu’il ait vieilli, montagnes et forêts lui offrent encore un lieu où demeurer, dans une forme de sérénité née du contentement.

“牛行已辨泥香动” annonce l’approche des travaux des champs par l’odorat, tandis que “鸟语方知日暖融” fait entendre, par le chant des oiseaux, le réchauffement progressif des jours. Ces deux vers saisissent la phénologie du Début du printemps à partir de deux dimensions, la terre cultivée et le ciel.

Dans le dernier distique, “老去情怀非宿昔,尚因书卷答春风”, le poète reconnaît que ses émotions ne sont plus celles de jadis, mais demeure intacte son habitude de répondre au printemps par les livres et la poésie. L’image de Lu You, qui ne cessa jamais d’écrire tout au long de sa vie, prend ici une force particulièrement émouvante.

立春

立春

Dynastie Dynastie Tang
Auteur Du Fu
Forme Poème

Vers originaux:

春日春盘细生菜,忽忆两京梅发时。

盘出高门行白玉,菜传纤手送青丝。

巫峡寒江那对眼,杜陵远客不胜悲。

此身未知归定处,呼儿觅纸一题诗。

Traduction moderne:

Le jour du Début du printemps, le plateau printanier est garni de tendres jeunes pousses ; soudain, je me souviens du temps où les pruniers fleurissaient à Chang’an et Luoyang. Alors, les grandes demeures faisaient sortir des plateaux blancs comme le jade, et de fines mains se transmettaient de délicats filaments de verdure. À présent, me voici dans les gorges de Wu, face aux eaux glacées du fleuve ; voyageur lointain venu de Duling, je ne puis contenir ma tristesse. Ma vie demeure errante et je ne sais toujours pas où se trouvera mon lieu de retour. Je n’ai plus qu’à appeler mon fils pour qu’il apporte du papier et y écrire ce poème.

Analyse:

Du Fu prend le Début du printemps comme point de départ pour exprimer la douleur de l’errance. Dans les quatre premiers vers, “忽忆” agit comme une charnière : le “春盘细生菜” présent sous ses yeux se trouve immédiatement opposé au souvenir des scènes printanières prospères des deux capitales.
“盘出高门行白玉,菜传纤手送青丝” évoque avec une grande finesse la coutume somptueuse par laquelle les familles aristocratiques s’échangeaient des plateaux de printemps durant les années florissantes de l’ère Kaiyuan. Les couleurs sont lumineuses — jade blanc, fils verts — et le souvenir est plein de chaleur et d’opulence.

Dans les quatre derniers vers, le ton change brusquement. “巫峡寒江那对眼” place les eaux froides des gorges de Wu face aux plateaux de jade blanc évoqués auparavant : froid et chaleur, présent et passé, s’opposent avec netteté. “杜陵远客不胜悲” laisse éclater la douleur sans détour.

Le dernier vers, “呼儿觅纸一题诗”, clôt le poème sur un geste simple. Mais sous cette banalité apparente se cache un profond désarroi : dans une existence sans demeure stable ni lieu assuré de retour, seuls la poésie et les livres peuvent encore servir de refuge.

减字木兰花·立春

减字木兰花·立春

Dynastie Dynastie Song
Auteur Su Shi
Forme Ci (lyrique)

Vers originaux:

春牛春杖,无限春风来海上。

便丐春工,染得桃红似肉红。

春幡春胜,一阵春风吹酒醒。

不似天涯,卷起杨花似雪花。

Traduction moderne:

Le bœuf de printemps et le fouet de printemps ; un vent printanier sans limite arrive de la mer. Je demande alors à l’artisan du printemps de teindre les fleurs de pêcher d’un rouge aussi vif que la chair. Bannières et ornements printaniers flottent dans le vent ; une rafale de printemps dissipe l’ivresse. Ce lieu ne ressemble guère aux confins du monde : vois comme le vent soulève les aigrettes des peupliers et les fait voler comme des flocons de neige.

Analyse:

Su Shi composa ce ci durant son exil à Hainan, et pourtant aucune lassitude de proscrit ne s’en dégage. Au contraire, tout le texte déborde de joie devant l’arrivée du printemps. Six expressions contenant le caractère “春” se succèdent — 春牛, 春杖, 春风, 春工, 春幡, 春胜 — et cette concentration crée une atmosphère saisonnière particulièrement dense.
“无限春风来海上” restitue l’ampleur particulière du vent marin de Hainan au Début du printemps. “染得桃红似肉红” élève le familier au rang du poétique : l’expression “肉红” est simple, populaire, mais extraordinairement vivante.

“一阵春风吹酒醒” écrit la vigueur du vent printanier, tout en laissant deviner en arrière-plan la condition du poète, exilé aux confins du monde et recourant au vin pour alléger sa peine.

Le dernier vers, “不似天涯,卷起杨花似雪花”, est le véritable point d’orgue du poème. Hainan ne connaît pas la neige, mais les aigrettes de peuplier tourbillonnent comme des flocons. Loin d’y voir une scène désolée, Su Shi y retrouve quelque chose de familier des paysages printaniers du nord. Cette vision exprime pleinement cette ampleur de cœur qui lui est propre, résumée par la formule “此心安处是吾乡” : là où le cœur trouve la paix, là se trouve la patrie.

立春

立春

Dynastie Dynastie Tang
Auteur Wei Zhuang
Forme Poème

Vers originaux:

青帝东来日驭迟,暖烟轻逐晓风吹。

罽袍公子樽前觉,锦帐佳人梦里知。

雪圃乍开红菜甲,彩幡新翦绿杨丝。

殷勤为作宜春曲,题向花笺帖绣楣。

Traduction moderne:

L’Empereur Vert, dieu du printemps, arrive de l’est, et le char du soleil avance lentement. Une brume tiède dérive doucement au gré du vent du matin. Un jeune noble vêtu d’une riche robe de fourrure perçoit le printemps devant sa coupe de vin ; une belle femme sous ses tentures brodées le reconnaît jusque dans son rêve. Dans le jardin encore couvert de neige, les jeunes pousses rouges viennent d’apparaître ; les nouvelles bannières colorées sont découpées tandis que les tendres fils verts des saules ondulent au vent. Avec empressement, je compose ce “Chant du printemps propice”, l’écris sur un papier fleuri et le colle sur le linteau brodé.

Analyse:

Wei Zhuang emploie un langage somptueux pour peindre la vie de cour et l’univers aristocratique du Début du printemps. “青帝东来日驭迟” ouvre le poème sur une image mythologique : le dieu du printemps arrive de l’est, et même le char du soleil semble ralentir sa course, créant une atmosphère à la fois solennelle et paisible.
“暖烟轻逐晓风吹” se sert de la brume tiède pour restituer la douceur d’un matin de tout début de printemps avec une grande puissance visuelle.

Le distique “罽袍公子樽前觉,锦帐佳人梦里知” présente deux façons de percevoir le printemps : le jeune noble le ressent dans l’éveil, devant sa coupe ; la belle femme le devine dans son rêve. L’un est éveillé, l’autre rêve ; l’un appartient au réel, l’autre à l’imaginaire. La construction est parfaitement équilibrée et le parallélisme particulièrement raffiné.

“雪圃乍开红菜甲” fait écho à la coutume du plateau printanier, tandis que “彩幡新翦绿杨丝” évoque les usages consistant à découper des bannières colorées et porter des ornements du printemps.

Le dernier vers, “题向花笺帖绣楣”, clôt le poème par l’acte même d’écrire : la poésie du Début du printemps se trouve ainsi fixée entre le papier fleuri et le linteau brodé.

汉宫春·立春日

汉宫春·立春日

Dynastie Dynastie Song
Auteur Xin Qiji
Forme Ci (lyrique)

Vers originaux:

春已归来,看美人头上,袅袅春幡。

无端风雨,未肯收尽余寒。

年时燕子,料今宵、梦到西园。

浑未办、黄柑荐酒,更传青韭堆盘?

却笑东风从此,便薰梅染柳,更没些闲。

闲时又来镜里,转变朱颜。

清愁不断,问何人、会解连环?

生怕见、花开花落,朝来塞雁先还。

Traduction moderne:

Le printemps est déjà revenu. Regarde ces bannières printanières qui se balancent doucement sur la tête des femmes. Mais le vent et la pluie, venus sans raison, refusent encore de dissiper complètement le froid laissé par l’hiver. Les hirondelles de l’an dernier, j’imagine qu’elles rêvent cette nuit du Jardin de l’Ouest. Je n’ai même pas encore préparé le vin à offrir avec les mandarines jaunes, encore moins le plateau printanier couvert de ciboulette verte.
Pourtant, je souris au vent d’est : désormais, il va devoir parfumer les pruniers, verdir les saules, sans un seul instant de repos. Et lorsqu’il trouve enfin un moment libre, il revient dans le miroir et me montre combien mon visage a changé. La douce tristesse ne cesse pas. Qui donc pourrait dénouer une chaîne de chagrins si étroitement liée ? Ce que je crains le plus, c’est de voir les fleurs éclore puis tomber, et de constater au matin que les oies venues des frontières du nord sont revenues chez elles avant moi.

Analyse:

Xin Qiji prend le Début du printemps comme point de départ pour confier au poème un profond sentiment lié à sa patrie et à sa propre destinée. Dans la première partie, le détail “美人头上,袅袅春幡” annonce le retour du printemps parmi les hommes, tandis que “无端风雨,未肯收尽余寒” peut également être lu comme une allusion au « froid résiduel » politique d’une cour des Song du Sud repliée sur une partie du territoire et sans perspective claire de reconquête.
“年时燕子” utilise le retour des hirondelles pour exprimer la nostalgie de l’ancienne patrie, tandis que “黄柑荐酒” et “青韭堆盘” renvoient aux coutumes du Début du printemps : offrir du vin nouveau et manger le plateau printanier.

Dans la seconde partie, “却笑东风从此,便薰梅染柳,更没些闲” personnifie le vent printanier en une force toujours occupée, ce qui souligne en retour la mélancolie désœuvrée du poète.

“闲时又来镜里,转变朱颜” fait soudain passer le regard du vent qui transforme toutes choses au visage vieillissant du poète dans le miroir. Le basculement spatial et temporel est particulièrement saisissant.

Le dernier vers, “生怕见、花开花落,朝来塞雁先还”, porte la peine la plus profonde. Les oies revenues des frontières du nord sont déjà rentrées, tandis que le rêve du poète de reprendre les Plaines centrales demeure lointain. Les oies ont « regagné leur pays avant lui » ; l’homme, lui, n’est toujours pas revenu. Ce contraste confère à la fin une gravité profondément douloureuse.

Conclusion

La poésie, cœur du ciel et de la terre · Les saisons à travers les âges

La poésie du Début du printemps commence par le son de “一二三四五六七.” Dans son *京中正月七日立春*, le poète Tang Luo Yin ouvre sur sept chiffres successifs, comme s’il comptait les jours sur ses doigts : c’est l’impatience et la joie de celui qui a passé tout l’hiver reclus et qui, enfin, voit arriver le printemps.
Sous les Tang, le Début du printemps est généreux et ardent. “春日春盘细生菜,忽忆两京全盛时” : Du Fu écrit le plateau printanier, mais ce dont il se souvient, c’est d’une époque de splendeur. Bai Juyi marche avec ses amis au bord de Qujiang et rentre en contemplant les montagnes. Le Début du printemps des Tang, c’est le banquet de “盘出高门行白玉”, et c’est aussi l’ampleur de “一鞭分与万家春.”
Chez les poètes des Song, le Début du printemps devient plus intérieur et méditatif. “律回岁晚冰霜少,春到人间草木知” : avec le seul caractère “知”, Zhang Shi écrit cette sensibilité des herbes et des arbres, capables de reconnaître le printemps avant même les hommes.
Xin Qiji est l’une des voix les plus singulières de la poésie ci des Song : “春已归来,看美人头上,袅袅春幡.” Il écrit les coutumes du Début du printemps, mais ce qu’il porte en lui, ce sont les fleuves et les montagnes de la patrie perdue.
Le poète Ming Yu Qian écrit avec vigueur “击罢泥牛物候新,一鞭分与万家春”, tandis que le poète Yuan Yang Weizhen chante hautement “今朝立春好天气,况是太平朝野时.”
Du “春日春盘” des Tang au “春牛春杖” des Song, puis au “一鞭分与万家春” des Ming, la poésie du Début du printemps rassemble des réponses différentes écrites par des poètes à propos d’un même jour. Chacun y dépose ses propres espérances, ses joies et ses peines.
Les générations de poètes se succèdent, mais le vent du printemps de leurs vers continue de revenir fidèlement chaque année.
Lorsque, à la fin de l’hiver, on ouvre doucement sur une table les poèmes du Début du printemps, ces mots endormis s’éveillent une nouvelle fois et rappellent à chacun de leurs lecteurs :
Le printemps est revenu.
Les herbes et les arbres le savent les premiers.
À nous aussi, désormais, de nous éveiller.

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