Équinoxe de Printemps Poésie
「仲春初四日,春色正中分。」
La poésie de l’Équinoxe de printemps évoque souvent le rythme céleste du jour et de la nuit également partagés, du yin et du yang équilibrés par moitié. Xu Xuan, avec “仲春初四日,春色正中分”, écrit la beauté d’un printemps arrivé exactement à son milieu ; Ouyang Xiu, avec “千花百卉争明媚”, peint le spectacle éclatant de centaines de fleurs rivalisant de beauté. L’Équinoxe de printemps tombe précisément au milieu des quatre-vingt-dix jours du printemps : les fleurs tombent, les hirondelles volent, les prunes vertes sont petites comme des fèves — c’est l’un des plus beaux moments de la saison. Ce jour-là, on faisait tenir des œufs debout, on sortait se promener dans la nature et on faisait voler des cerfs-volants, laissant derrière soi tout un rouleau de poésie printanière — qui enregistre à la fois le passage des signes saisonniers et les mouvements légers du cœur.
Poésie de Équinoxe de Printemps
踏莎行 · 雨霁风光
Vers originaux:
雨霁风光,春分天气。千花百卉争明媚。
画梁新燕一双双,玉笼鹦鹉愁孤睡。
薜荔依墙,莓苔满地。青楼几处歌声丽。
蓦然旧事上心来,无言敛皱眉山翠。
Traduction moderne:
La pluie a cessé et le ciel s’est éclairci : c’est le temps de l’Équinoxe de printemps. Mille fleurs et cent espèces rivalisent d’éclat. Sous les poutres peintes, les hirondelles nouvellement arrivées vont par couples, tandis que le perroquet dans sa cage de jade dort seul, accablé de tristesse. Les lianes de figuier grimpant s’attachent au mur et la mousse couvre le sol. De plusieurs maisons de plaisir parviennent des chants clairs et gracieux. Soudain, les souvenirs du passé remontent à son cœur ; elle demeure silencieuse, les sourcils froncés comme de sombres montagnes verdoyantes.
Analyse:
Ce ci prend l’Équinoxe de printemps pour arrière-plan ; la première partie décrit le paysage, la seconde exprime les sentiments, et la joie du décor sert à accentuer la tristesse. L’ouverture “雨霁风光,春分天气” indique le moment et le temps, tandis que le seul caractère “争” de “千花百卉争明媚” exprime l’éclat de toutes les fleurs rivalisant dans leur floraison. Vient ensuite le contraste entre les nouvelles hirondelles volant par couples et le perroquet dormant seul : la liberté et la vie à deux des hirondelles soulignent la solitude du perroquet enfermé et suggèrent aussi l’état intérieur du personnage principal. Dans la seconde partie, “薜荔依墙,莓苔满地” écrit le silence et la fraîcheur du jardin, tandis que “青楼几处歌声丽” utilise la joie d’autrui pour renforcer sa solitude. Le dernier vers, “蓦然旧事上心来,无言敛皱眉山翠”, compare ses sourcils froncés à de sombres montagnes verdoyantes ; mille pensées se condensent dans le silence, avec une expression retenue et une longue résonance.
春分日
Vers originaux:
仲春初四日,春色正中分。
绿野徘徊月,晴空断续云。
燕飞犹个个,花落已纷纷。
思妇高楼晚,歌声不可闻。
Traduction moderne:
Le quatrième jour du deuxième mois lunaire, le printemps se trouve exactement partagé en deux. Sur les champs verts, la lune semble s’attarder ; dans le ciel clair, les nuages blancs se réunissent et se dispersent. Les hirondelles volent encore çà et là, tandis que les fleurs tombent déjà en abondance. Au crépuscule, une femme qui pense à l’être éloigné regarde depuis une haute tour ; son chant douloureux est presque insupportable à entendre.
Analyse:
Ce poème décrit l’Équinoxe de printemps sur trois plans : l’astronomie, les signes saisonniers et les affaires humaines. Le premier distique, “仲春初四日,春色正中分”, indique la caractéristique astronomique de l’Équinoxe : jour et nuit sont de durée égale, et le printemps se trouve lui-même partagé en deux. Le deuxième distique, “绿野徘徊月,晴空断续云”, emploie un vocabulaire doux : “徘徊” fait s’attarder la lune sur les champs verts, tandis que “断续” décrit les nuages tantôt réunis, tantôt dispersés, exprimant le climat tempéré et le mouvement paisible de la lune et des nuages en cette saison. Le troisième distique, “燕飞犹个个”, écrit le retour des hirondelles, encore dispersées et non rassemblées en groupe, tandis que “花落已纷纷” montre les fleurs passant de leur pleine floraison à leur chute. L’une est rare, l’autre abondante ; l’une revient, l’autre tombe : ce contraste suggère la place particulière de l’Équinoxe comme ligne de partage du printemps. Le dernier distique passe de la nature à l’être humain avec l’image de la femme qui attend. “歌声不可闻” ne signifie pas que son chant est désagréable, mais que la tristesse de la séparation qu’il contient est trop douloureuse pour être supportée. Tout le poème s’organise autour du caractère “分” : le printemps est partagé, les hirondelles volent séparément, les fleurs tombent en nombre, puis vient enfin la séparation entre la femme et l’être absent. Chaque niveau répond au suivant dans une structure particulièrement raffinée.
癸丑春分后雪
Vers originaux:
雪入春分省见稀,半开桃李不胜威。
应惭落地梅花识,却作漫天柳絮飞。
不分东君专节物,故将新巧发阴机。
从今造物尤难料,更暖须留御腊衣。
Traduction moderne:
Qu’il neige après l’Équinoxe de printemps est chose extrêmement rare ; les fleurs de pêcher et de prunier à demi ouvertes ne peuvent résister à la rigueur de ce froid. Les fleurs de prunier déjà tombées au sol devraient peut-être avoir honte devant cette neige printanière, puisqu’elles ont fleuri plus tôt ; quant à la neige, elle vole dans tout le ciel comme des aigrettes de saule. Le Seigneur du Printemps ne se contente pas de régir les phénomènes saisonniers et déploie une nouvelle ruse froide. Désormais, les intentions de la Création seront encore plus difficiles à prévoir ; bien que le temps se soit réchauffé, il faudra encore garder ses vêtements d’hiver pour se protéger du froid.
Analyse:
Su Shi prend pour sujet une rare neige tombée après l’Équinoxe de printemps et mêle à la description du paysage une riche réflexion philosophique et un humour subtil. Le premier distique, “雪入春分省见稀,半开桃李不胜威”, écrit à la fois la rareté de cette neige printanière et la fragilité des fleurs de pêcher et de prunier ; les trois caractères “不胜威” montrent vivement l’impuissance des fleurs à demi ouvertes, tremblant sous le vent et la neige. Le deuxième distique, “应惭落地梅花识,却作漫天柳絮飞”, est conçu avec une grande ingéniosité : les fleurs de prunier sont déjà tombées et, devant cette neige, pourraient presque avoir honte d’avoir fleuri trop tôt sans pouvoir la rencontrer ; la neige, quant à elle, semble remplacer les aigrettes de saule et voler dans le ciel au moment de l’Équinoxe. Un “惭” et un “作” relient les fleurs de prunier, les flocons et les aigrettes de saule avec beaucoup d’esprit. Le troisième distique, “不分东君专节物,故将新巧发阴机”, personnifie le Seigneur du Printemps, qui refuse de rester tranquille et provoque volontairement une chute de neige. Le dernier distique, “从今造物尤难料,更暖须留御腊衣”, fait naître de cette neige une réflexion sur la vie : si même le climat du Ciel et de la Terre est difficile à prévoir, combien plus les affaires humaines le sont-elles ? Puisqu’il peut neiger au printemps, il faut même par temps doux garder ses vêtements d’hiver. Le vers contient ainsi la sagesse de celui qui se prépare avant que le danger n’arrive.
春分
Vers originaux:
春分时节雨初晴,杨柳轻寒燕子声。
两岸青山相对出,一江春水绕城流。
Traduction moderne:
Au temps de l’Équinoxe de printemps, la pluie vient de cesser et le ciel commence à s’éclaircir ; les saules se balancent dans une légère fraîcheur, tandis que résonne le chant des hirondelles. Sur les deux rives, les montagnes vertes se font face, et les eaux printanières du fleuve entourent la ville en s’écoulant.
Analyse:
Avec des traits concis, ce quatrain esquisse un paysage frais et lumineux de l’Équinoxe de printemps. Le premier vers, “春分时节雨初晴”, indique la saison et le temps ; après la pluie, l’air de l’Équinoxe est particulièrement pur. Le deuxième vers, “杨柳轻寒燕子声”, juxtapose la vue — les saules — et l’ouïe — le chant des hirondelles. Les deux caractères “轻寒” expriment une caractéristique saisonnière de l’Équinoxe : le temps s’est déjà réchauffé, mais il reste encore une légère fraîcheur. C’est précisément la période où la chaleur arrive tandis que le froid persiste encore, et où l’on ressent toujours un peu de fraîcheur au cœur même du printemps. Les deux derniers vers, “两岸青山相对出,一江春水绕城流”, reprennent la structure du vers de Li Bai “两岸青山相对出,孤帆一片日边来”, mais remplacent “孤帆” par “春水” et “日边” par “绕城”, écrivant ainsi la montée des eaux printanières et l’union étroite de la ville, des montagnes et de l’eau. “相对出” comme “绕城流” utilisent le mouvement pour écrire l’immobile, donnant aux montagnes vertes et aux eaux printanières une forte impression de fluidité.
春分
Vers originaux:
春分雨脚落声微,柳岸斜风带客归。
时令北方偏向晚,可知早有绿腰肥。
Traduction moderne:
La fine pluie de l’Équinoxe tombe doucement, presque sans bruit ; sur la rive bordée de saules, un vent oblique accompagne le voyageur dans son retour. Dans le nord, les saisons arrivent souvent un peu plus tard ; on peut donc imaginer qu’au sud la verdure est déjà profonde et la végétation luxuriante.
Analyse:
Ce poème de Liu Ji écrit les différences saisonnières entre le nord et le sud au moment de l’Équinoxe de printemps. “春分雨脚落声微” utilise “声微” pour exprimer la finesse et la douceur de la pluie, avec une grande force visuelle. “柳岸斜风带客归” décrit le vent printanier caressant les saules et accompagnant le voyageur dans son retour. Le caractère “带” personnifie le vent, comme s’il avait des sentiments et guidait lui-même le voyageur. Les deux derniers vers, “时令北方偏向晚,可知早有绿腰肥”, écrivent dans l’espace les différences de la saison : au nord, le printemps arrive un peu plus tard, tandis qu’au sud la verdure est déjà dense et la végétation abondante. Les trois caractères “绿腰肥” sont particulièrement ingénieux : ils comparent l’abondance de la végétation à la taille d’une femme, exprimant à la fois l’intensité du printemps méridional et le désir implicite de ce paysage. À travers ce contraste régional, le poème écrit un phénomène géographique réel : les différences climatiques entre le nord et le sud de la Chine au moment de l’Équinoxe.
村居
Vers originaux:
草长莺飞二月天,拂堤杨柳醉春烟。
儿童散学归来早,忙趁东风放纸鸢。
Traduction moderne:
Au deuxième mois lunaire, l’herbe pousse et les loriots volent ; les branches des saules effleurent doucement la digue, comme enivrées par la brume du printemps. Les enfants rentrent tôt de l’école et se hâtent de profiter du vent d’est pour faire voler leurs cerfs-volants.
Analyse:
Bien que ce quatrain ne mentionne pas explicitement l’Équinoxe de printemps dans son titre, “草长莺飞二月天” décrit précisément une scène typique de cette saison. Le premier vers, “草长莺飞”, écrit la vitalité de la végétation en croissance et des oiseaux en mouvement, tandis que “二月天” indique le deuxième mois lunaire, période où tombe souvent l’Équinoxe. Dans “拂堤杨柳醉春烟”, le caractère “醉” est particulièrement heureux : il personnifie les saules qui se balancent dans la brise, comme s’ils étaient ivres de la brume printanière. Les deux derniers vers, “儿童散学归来早,忙趁东风放纸鸢”, sont les traits les plus vivants du poème et décrivent les enfants du village faisant voler leurs cerfs-volants. Les deux caractères “忙趁” expriment leur impatience joyeuse. Le poème ne contient ni philosophie profonde ni images complexes, mais il écrit avec le langage le plus simple la joie la plus authentique de l’Équinoxe : la nature renaît, les enfants jouent, et tout est rempli d’une joie première, encore sans artifice.
Conclusion
La poésie de l’Équinoxe de printemps commence par une balance où le jour et la nuit sont en parfait équilibre. Les anciens ne disposaient pas d’instruments modernes pour mesurer le temps, mais, le jour de l’Équinoxe, ils avaient découvert un équilibre subtil entre Ciel et Terre : “春分者,阴阳相半也,故昼夜均而寒暑平.” La poésie de ce jour accorde donc une attention particulière à la mesure : elle n’écrit ni chaleur extrême ni froid pénétrant, mais le juste équilibre de “花露重,草烟低”, et l’harmonie naturelle de “日光射雪,云气浮空.”
L’Équinoxe de printemps est le jour du “partage” : il partage le printemps, partage le jour et la nuit, et partage aussi les émotions des poètes. Certains regrettent le printemps ce jour-là, d’autres pensent à leur pays natal, certains montent en hauteur pour regarder au loin, tandis que d’autres se contentent de rester assis tranquillement et de compter combien de fleurs ont éclos dans la cour. Xu Xuan des Tang du Sud écrit dans *春分日* : “仲春初四日,春色正中分。绿野徘徊月,晴在断续云” — le jour où le printemps se partage exactement en deux, même la lumière de la lune semble s’attarder sur les champs, comme si elle ne voulait pas partir trop vite. Li Qingzhao, sous les Song, écrit à cette saison “春分过后,花事渐阑珊” ; le seul mot “阑珊” contient toute la mélancolie d’un printemps qui commence à vieillir.
Les poètes des Tang écrivent souvent l’Équinoxe avec un sentiment de quiétude. Quan Deyu exprime la joie de “春分春事早,已见百花新”, tandis que Bai Juyi écrit “春分雨脚落声微,柳岸斜风带客归” : la pluie de l’Équinoxe est fine, le vent est doux, et même le son est léger. Les poètes des Song, eux, cachent souvent des pensées plus profondes. Dans *癸丑春分后雪*, Su Shi écrit : “雪入春分省见稀,半开桃李不胜威” — après l’Équinoxe, il neige soudain, et comment des fleurs de pêcher et de prunier à demi ouvertes pourraient-elles résister à une telle violence ? Une neige printanière inattendue fait voir à Dongpo l’inconstance du climat et lui permet d’y lire une réflexion sur l’existence.
Du “春色正中分” de Xu Xuan au “花事渐阑珊” de Li Qingzhao, du “雨脚落声微” de Bai Juyi au “半开桃李不胜威” de Su Shi — la poésie de l’Équinoxe de printemps est constituée des différentes inclinaisons que les poètes ont inscrites sur un même point d’équilibre. Le printemps se trouve exactement en son milieu, mais chaque cœur humain penche dans une direction différente. Lorsque les poèmes de l’Équinoxe sont doucement ouverts sous l’ombre des fleurs, les interrogations autour de “分” réapparaissent : on peut partager également le jour et la nuit, mais non séparer joie et tristesse ; on peut partager le printemps en deux, mais non épuiser la nostalgie. L’Équinoxe revient chaque année comme promis, et les poèmes sont relus d’année en année, rappelant à chacun de leurs lecteurs que l’équilibre appartient au Ciel et à la Terre ; la préférence appartient au cœur humain.
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Commentaires des Lecteurs
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