Pluie des Grains Poésie
「正好清明连谷雨,一杯香茗坐其间。」
La poésie de Guyu, la Pluie des céréales, décrit souvent les paysages de la fin du printemps et l’intense activité des travaux agricoles. Zheng Banqiao, avec “正好清明连谷雨,一杯香茗坐其间”, confie au thé son humeur paisible ; Fan Chengda, avec “谷雨如丝复似尘”, écrit la finesse de la pluie printanière ; Yuan Zhen, avec “谷雨春光晓,山川黛色青”, note les couleurs de la fin du printemps, lorsque la pluie ravive montagnes et rivières. Guyu est le dernier chapitre du printemps : les pivoines ouvrent leurs calices, les cerises mûrissent et rougissent, les huppes descendent parmi les mûriers. Tout en goûtant le thé nouveau cueilli avant les pluies, les poètes accompagnent aussi le printemps dans son départ, exprimant à la fois leur attachement à la saison qui s’achève et leur attente de l’été.
Poésie de Pluie des Grains
七言诗
Vers originaux:
不风不雨正晴和,翠竹亭亭好节柯。
最爱晚凉佳客至,一壶新茗泡松萝。
几枝新叶萧萧竹,数笔横皴淡淡山。
正好清明连谷雨,一杯香茗坐其间。
Traduction moderne:
Ni vent ni pluie : le temps est justement clair et doux. Les bambous verts se dressent avec grâce, leurs nœuds et leurs branches bien droits. Ce que j’aime le plus, c’est qu’au frais du soir un ami de qualité vienne me rendre visite, et que nous préparions une théière de thé Songluo nouvellement cueilli. Quelques jeunes feuilles de bambou bruissent doucement ; quelques traits légers esquissent les montagnes lointaines. Qingming vient de passer et Guyu lui succède ; assis parmi les bambous, je savoure une tasse de thé parfumé.
Analyse:
Le thé traverse tout le poème comme un fil conducteur. Le premier vers, “不风不雨正晴和”, décrit le temps doux caractéristique de Guyu, précisément la meilleure saison pour cueillir et préparer le thé de printemps. “翠竹亭亭” et “新叶萧萧” forment dans le même espace une scène immobile et une scène en mouvement, tandis que “横皴淡淡山” offre un lointain semblable à une peinture à l’encre. Les trois éléments construisent ensemble un cadre retiré et paisible. Dans “一壶新茗泡松萝”, “松萝” désigne un thé célèbre, tandis que “一杯香茗坐其间” énonce directement le thème de la dégustation du thé à Guyu. Des expressions telles que “好节柯”, “淡淡山” et “坐其间”, associées au rythme tranquille des vers, donnent au poème une cadence lente et détendue. À la lecture, on croit presque sentir le parfum du thé en bouche et la brise à ses côtés ; l’état d’esprit serein des lettrés au temps de Guyu y est exprimé avec une grande plénitude.
牡丹图
Vers originaux:
谷雨花枝号鼠姑,戏拈彤管画成图。
平康脂粉知多少,可有相同颜色无。
Traduction moderne:
La pivoine qui fleurit au temps de Guyu porte aussi le nom de “鼠姑”. Je saisis avec jeu un pinceau vermillon et la peins. Combien de fards et de poudres peut-il y avoir dans le quartier de Pingkang, où se rassemblent les chanteuses ? Y en a-t-il une seule dont la couleur puisse égaler celle de cette pivoine ?
Analyse:
Tang Yin prend pour sujet la pivoine du temps de Guyu. “谷雨花枝号鼠姑” souligne le lien entre Guyu et la pivoine : on avait coutume de contempler les pivoines autour de cette période, et la fleur fut ainsi étroitement associée à Guyu ; “鼠姑” est un autre nom de la pivoine. Dans le deuxième vers, “戏拈彤管画成图”, le caractère “戏” exprime l’aisance et l’indépendance du talent qui prend son pinceau avec désinvolture. Les deux derniers vers comparent la couleur de la pivoine aux fards de Pingkang, utilisant les cosmétiques les plus éclatants du monde profane pour mieux faire ressortir, par contraste, la beauté naturelle de la fleur. Le sens implicite est clair : aucune quantité de fard ne saurait égaler la couleur propre de la pivoine. Ce contraste constitue à la fois un éloge extrême de la beauté florale et une célébration de la beauté naturelle et authentique, tout en laissant paraître l’ironie et la fierté propres à Tang Yin.
四时田园杂兴六十首 · 其二十一
Vers originaux:
谷雨如丝复似尘,煮瓶浮蜡正尝新。
牡丹破萼樱桃熟,未许飞花减却春。
Traduction moderne:
La pluie de Guyu est fine comme des fils de soie et légère comme la poussière. Le sceau de cire d’une bouteille de vin nouveau vient d’être ouvert, et c’est le moment d’en goûter la fraîcheur. Les pivoines commencent à peine à ouvrir leurs calices, tandis que les cerises sont déjà mûres ; je ne permettrai pas aux fleurs qui tombent d’amoindrir la beauté de ce printemps.
Analyse:
Ce poème prend pour matière les signes saisonniers propres à Guyu et se distingue par sa fraîcheur et sa clarté. Le premier vers, “谷雨如丝复似尘”, compare la pluie à la soie pour en écrire la finesse et la continuité, puis à la poussière pour en rendre la légèreté et l’aspect brumeux. La superposition des deux images exprime avec une grande justesse la pluie dense et délicate de Guyu, pareille à de la fumée ou à de la brume. Le deuxième vers, “煮瓶浮蜡正尝新”, évoque la coutume de goûter le vin nouveau à cette saison. “浮蜡” désigne les fragments de cire du sceau flottant à l’ouverture du récipient ; le poète ouvre la bouteille pour goûter le vin nouveau, répondant ainsi au caractère rituel de “尝新”, goûter les premières nouveautés de la saison. Les deux derniers vers, “牡丹破萼樱桃熟”, présentent deux signes emblématiques de Guyu : les pivoines commencent à fleurir et les cerises mûrissent. “未许飞花减却春” utilise une personnification vive pour exprimer l’attachement du poète au printemps, comme s’il négociait avec la saison qui s’éloigne : il n’est pas permis aux fleurs qui tombent d’emporter le printemps avec elles.
谷雨
Vers originaux:
春事阑珊酒病瘳,山家谷雨早茶收。
花前细细风双蝶,林外时时雨一鸠。
碧水丹山宜独往,黄鹂紫燕莫相留。
年来颇得幽栖趣,不羡人间万户侯。
Traduction moderne:
Le printemps touche à sa fin, et je viens tout juste de me remettre de mon mal dû au vin. Dans les maisons de montagne, au temps de Guyu, on récolte déjà le thé nouveau. Devant les fleurs souffle une brise légère, tandis que deux papillons voltigent ; au-delà de la forêt, on entend par moments l’appel d’une tourterelle, annonçant la pluie. Entre eaux vertes et montagnes rouges, il convient d’aller seul ; loriots jaunes et hirondelles violettes n’ont pas à tenter de me retenir. Ces dernières années, j’ai appris à goûter pleinement le plaisir d’une vie retirée dans les montagnes, et je n’envie plus les grands seigneurs du monde.
Analyse:
Fang Taigu prend Guyu pour arrière-plan et écrit le plaisir de la retraite en montagne. Le premier distique, “春事阑珊酒病瘳”, décrit à la fois la fin du printemps et l’état du poète, tout juste remis d’un mal causé par le vin ; “山家谷雨早茶收” introduit la vie montagnarde de la récolte du thé à Guyu. Le deuxième distique, “花前细细风双蝶,林外时时雨一鸠”, décrit avec finesse les signes saisonniers : une brise légère devant les fleurs, deux papillons en vol, puis, au-delà des bois, le cri intermittent d’une tourterelle annonçant la pluie. “时时” et “细细” forment un parallélisme soigné et donnent aux vers un rythme apaisé. Le troisième distique, “碧水丹山宜独往”, écrit la beauté du paysage et le plaisir de marcher seul ; “黄鹂紫燕莫相留” personnifie les oiseaux comme s’ils voulaient retenir le poète, alors qu’il exprime en réalité sa résolution détachée. Le dernier distique, “年来颇得幽栖趣,不羡人间万户侯”, exprime directement son sentiment : le plaisir de la vie retirée dans les montagnes l’emporte sur les honneurs et la richesse du monde, révélant l’esprit caractéristique du lettré retiré.
谷雨
Vers originaux:
天点纷林际,虚檐写梦中。
明朝知谷雨,无策禁花风。
石渚收机巧,烟蓑建事功。
越禽牢闭口,吾道寄天公。
Traduction moderne:
Les gouttes de pluie tombent nombreuses entre les arbres ; les avant-toits silencieux semblent s’inscrire dans un rêve. Demain sera Guyu, mais rien ne peut empêcher le vent printanier de faire tomber les fleurs. Près du rivage pierreux, je mets de côté calculs et artifices ; vêtu d’un manteau de pluie en paille sous la brume, je me consacre aux travaux des champs. Les oiseaux de Yue gardent obstinément le silence ; quant à ma voie, je la confie au Ciel.
Analyse:
Zhu Gao prend Guyu pour arrière-plan et mêle à la description du paysage une réflexion sur l’agriculture et la voie du Ciel. “天点纷林际” écrit les gouttes de pluie tombant parmi les arbres, tandis que “虚檐写梦中” décrit les avant-toits silencieux comme s’ils appartenaient à un rêve. L’un est concret, l’autre irréel, et tous deux créent l’atmosphère humide et indécise propre à Guyu. “明朝知谷雨,无策禁花风” — demain sera Guyu, mais aucun moyen ne permet d’empêcher le vent printanier de faire tomber les fleurs. On y trouve à la fois l’impuissance face au départ du printemps et l’acceptation sereine des lois naturelles. “石渚收机巧,烟蓑建事功” écrit le passage de l’abandon des calculs subtils à l’engagement dans les travaux agricoles, Guyu étant précisément un moment essentiel pour les labours et les semailles de printemps. Le dernier vers, “越禽牢闭口,吾道寄天公”, se clôt sur l’image des oiseaux silencieux et de l’homme qui remet sa voie au Ciel, exprimant une attitude philosophique fondée sur l’acceptation de la nature et la confiance accordée à l’ordre céleste.
蝶恋花·谷雨
Vers originaux:
春到江南谷雨时,黄莺啼遍绿杨枝。
乍暖还寒晴又雨,花事阑珊春已暮。
晓雾轻笼芳草路,斜阳半照垂杨渡。
欲问春归何处去,一江流水无声诉。
Traduction moderne:
Le printemps est arrivé à Jiangnan au temps de Guyu, et les loriots chantent sur toutes les branches vertes des saules. Le temps se réchauffe puis redevient frais, alternant ciel clair et pluie ; les floraisons déclinent peu à peu et le printemps approche déjà de sa fin. La brume légère du matin enveloppe doucement le chemin d’herbes parfumées, tandis que le soleil oblique éclaire à moitié l’embarcadère bordé de saules retombants. Je voudrais demander où le printemps est parti ; tout un fleuve coule en silence, comme pour donner sa réponse.
Analyse:
Ce ci prend Guyu pour arrière-plan et écrit la légère mélancolie de la fin du printemps. “春到江南谷雨时” précise le lieu et la saison, tandis que “黄莺啼遍绿杨枝” décrit le paysage sonore typique de Jiangnan à Guyu. “乍暖还寒晴又雨” saisit l’alternance du chaud et du froid ainsi que l’instabilité entre éclaircies et pluie ; en sept caractères seulement, il exprime les changements répétés du temps à la fin du printemps. “花事阑珊春已暮” énonce directement le thème : les floraisons déclinent et le printemps touche à son terme. Dans la seconde partie, “晓雾轻笼芳草路,斜阳半照垂杨渡” utilise deux moments du jour — la brume matinale et la lumière oblique du soir — pour écrire la douceur et le flou du paysage de fin de printemps. Le dernier vers, “欲问春归何处去,一江流水无声诉”, se clôt sous la forme d’une question et d’une réponse : on demande où le printemps est parti, et le fleuve répond par son silence. Cette manière d’écrire, où le silence en dit plus que le son, fond la mélancolie du départ du printemps dans le cours ininterrompu du fleuve, laissant une résonance qui se prolonge.
Conclusion
La poésie de Guyu, la Pluie des céréales, commence par une tasse de thé. Zheng Banqiao écrit “正好清明连谷雨,一杯香茗坐其间”, et c’est tout le loisir d’un printemps qui tient dans ces vers. Bai Juyi écrit dans *春日茶山病不饮酒因呈宾客* : “清明已过谷雨来,醉里看花莫辞杯” — dans la poésie de Guyu, le thé et le vin apparaissent tour à tour, l’un gardant l’esprit clair, l’autre conduisant à l’ivresse.
Les poètes des Song associent souvent Guyu aux travaux agricoles et aux signes saisonniers. Lin Hejing écrit “白云峰下两枪新,腻绿长鲜谷雨春”, parlant précisément du thé de printemps récolté à cette époque. “两枪” désigne les deux jeunes pousses qui viennent d’apparaître sur le théier ; Lin Bu concentre la fraîcheur et le vert du thé de Guyu dans l’expression “腻绿长鲜.” Fan Chengda écrit dans *春日田园杂兴* : “谷雨如丝复似尘,煮瓶浮蜡正尝新” ; ce qu’il voit est une scène rurale de pluie fine comme la soie et de premières saveurs nouvelles. Dans *牡丹图* de Tang Yin, le vers “谷雨花枝号鼠姑” nous montre les pivoines en pleine floraison à Guyu. Xu Hun écrit : “春谷终期吹羽翼,雨花何处著根株” — la pluie de Guyu nourrit toutes choses, tandis que son vent emporte le printemps.
Guyu est le dernier terme solaire du printemps, et le départ de la saison en est un thème incontournable. Le poète Wang Yan écrit “漠漠轻寒桑叶细,潇潇谷雨楝花飞” : lorsque fleurit le margousier, le printemps est véritablement arrivé à son terme. Dans ce vers se cache le désir du poète de retenir la saison. Les fleurs de margousier marquent l’ultime étape des vingt-quatre vents floraux ; lorsqu’elles tombent, le printemps s’achève. La poésie de Guyu est l’adieu que les poètes écrivent lorsque le printemps touche à sa fin — certains écrivent le thé, d’autres les fleurs, d’autres encore la pluie, chacun avec sa propre profondeur de sentiment.
Du “醉里看花” de Bai Juyi au “腻绿长鲜” de Lin Bu, du “谷雨如丝” de Fan Chengda au “楝花飞” de Wang Yan — les poètes de Guyu savent que le départ du printemps ne peut être empêché, mais ils continuent pourtant à l’écrire et à le conserver à leur manière. Lorsque l’on ouvre les poèmes de Guyu, les mots consacrés au thé, aux fleurs et au printemps reprennent vie une fois encore, rappelant à chaque lecteur que si le printemps est déjà parti, les couleurs du printemps dans la poésie, elles, ne se fanent jamais.
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Commentaires des Lecteurs
Passionnés de calendriers et de culture traditionnelle du monde entier, sous la même lune.
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