Début de l’Été Poésie
「四时天气促相催,一夜薰风带暑来。」
La poésie du Début de l’été décrit souvent la transition saisonnière où le vent tiède accompagne le départ du printemps et où toutes choses commencent à croître. Zhao Youzhi, avec “一夜薰风带暑来”, écrit l’arrivée silencieuse de l’été ; Lu You, avec “赤帜插城扉,东君整驾归”, évoque les coutumes d’accueil de la saison ; Sima Guang, avec “四月清和雨乍晴”, décrit la douceur claire du début de l’été. Certains poètes écrivent “立夏将离春去也”, d’autres “小荷才露尖尖角.” Dans le passage du printemps à l’été, leurs vers saisissent les instants subtils où la saison change.
Poésie de Début de l’Été
立夏
Vers originaux:
四时天气促相催,一夜薰风带暑来。
陇亩日长蒸翠麦,园林雨过熟黄梅。
莺啼春去愁千缕,蝶恋花残恨几回。
睡起南窗情思倦,闲看槐荫满亭台。
Traduction moderne:
Les saisons se succèdent et pressent le cours du temps ; en une seule nuit, le vent tiède du sud apporte déjà la chaleur. Les jours s’allongent sur les champs, où le blé vert croît avec vigueur sous le soleil ; dans les jardins, après la pluie, les prunes jaunes sont déjà mûres. Les loriots chantent comme s’ils portaient mille tristesses devant le départ du printemps ; les papillons s’attardent auprès des fleurs fanées, comme s’ils regrettaient eux aussi la saison qui s’en va. Au réveil de la sieste près de la fenêtre orientée au sud, l’esprit devient languissant ; tranquillement, je regarde l’ombre épaisse des sophoras s’étendre sur les pavillons et les terrasses.
Analyse:
Ce poème réglé décrit avec ampleur et finesse les signes saisonniers et l’état d’esprit propres au Début de l’été. Le premier distique, “四时天气促相催”, exprime l’impression d’un temps pressé par la succession des saisons ; “一夜薰风带暑来” écrit la rapidité du changement, comme si le vent du printemps devenait vent d’été en une seule nuit. Le deuxième distique, “陇亩日长蒸翠麦,园林雨过熟黄梅”, porte le regard à la fois sur les champs et les jardins. Le caractère “蒸” donne un mouvement vigoureux au blé vert qui pousse sous le soleil, tandis que “熟” écrit la pleine maturité des prunes jaunes après la pluie. Le troisième distique utilise “莺啼” et “蝶恋” pour exprimer la tristesse du départ du printemps, attribuant aux oiseaux et aux papillons des sentiments humains. Le dernier distique, “睡起南窗情思倦,闲看槐荫满亭台”, fait apparaître le poète lui-même : après le Début de l’été, les jours s’allongent et l’esprit devient lui aussi plus indolent. Le caractère “闲” exprime un état paisible, accordé au rythme de la saison et accueillant avec sérénité les premiers jours d’été.
立夏
Vers originaux:
赤帜插城扉,东君整驾归。
泥新巢燕闹,花尽蜜蜂稀。
槐柳阴初密,帘栊暑尚微。
日斜汤沐罢,熟练试单衣。
Traduction moderne:
Des bannières rouges sont plantées aux portes de la ville, tandis que Dongjun, le dieu du printemps, prépare son attelage pour repartir. Les hirondelles s’agitent bruyamment dans leurs nouveaux nids de boue ; les fleurs ayant disparu, les abeilles deviennent plus rares. L’ombre des sophoras et des saules commence à s’épaissir, mais entre les rideaux et les croisées la chaleur reste encore légère. Lorsque le soleil décline et que le bain est terminé, je ressors avec familiarité un vêtement léger pour l’essayer.
Analyse:
Lu You consigne le changement de saison dans une langue simple et précise, attentive aux détails de la vie quotidienne. Le premier distique, “赤帜插城扉”, renvoie à l’ancien rituel d’accueil de l’été au moment de Lixia ; “东君整驾归” évoque sur un mode mythique le dieu du printemps se préparant à partir, donnant à la scène à la fois gravité et caractère rituel. Le deuxième distique décrit les signes saisonniers : “泥新巢燕闹” écrit l’agitation des hirondelles construisant leurs nids, tandis que “花尽蜜蜂稀” évoque le calme qui suit la disparition des fleurs et la raréfaction des abeilles. D’un côté le tumulte, de l’autre la rareté : le contraste laisse apparaître l’inéluctabilité du changement de saison. Le troisième distique, “槐柳阴初密”, donne visuellement le sentiment de l’été par l’épaississement de l’ombre ; “帘栊暑尚微” le traduit par le toucher, puisque la chaleur reste encore légère. Le dernier distique, “日斜汤沐罢,熟练试单衣”, est le trait le plus quotidien de tout le poème : après le bain, le poète ressort un vêtement léger et l’essaie dans la lumière déclinante. “熟练” suggère que chaque année, à cette époque, le geste se répète. Dans cette répétition se trouvent à la fois la conscience du temps qui passe et une manière paisible d’accueillir une nouvelle saison.
闲居初夏午睡起二绝句 · 其一
Vers originaux:
梅子留酸软齿牙,芭蕉分绿与窗纱。
日长睡起无情思,闲看儿童捉柳花。
Traduction moderne:
Après avoir mangé des prunes, leur acidité demeure entre les dents et les rend presque sensibles ; l’ombre verte des bananiers se reflète sur la gaze de la fenêtre, comme si elle lui partageait sa couleur. Les jours s’allongent et, au réveil de la sieste, je n’ai goût à rien ; tranquillement, je regarde les enfants courir après les aigrettes de saule emportées par le vent.
Analyse:
Ce poème saisit à la perfection une scène typique du Début de l’été. Le premier vers, “梅子留酸软齿牙”, écrit l’acidité de la prune, fruit de saison du début de l’été ; les trois caractères “软齿牙” traduisent avec une grande précision la sensation physique produite par l’acidité, au point de faire presque saliver le lecteur. Dans le vers suivant, “芭蕉分绿与窗纱”, le caractère “分” est particulièrement vivant : il personnifie le bananier, comme s’il partageait généreusement son vert avec la gaze blanche de la fenêtre, donnant à voir les premières ombres épaisses de l’été. Les deux derniers vers, “日长睡起无情思,闲看儿童捉柳花”, sont la partie la plus touchante du poème. Après le Début de l’été, les jours s’allongent et la fatigue se fait plus présente ; “无情思” décrit un état de langueur tranquille. Dans “闲看儿童捉柳花”, le poète ne participe pas lui-même, il se contente de regarder paisiblement. La vivacité innocente des enfants et la contemplation sereine du poète se répondent subtilement ; ce plaisir de regarder constitue l’une des formes les plus authentiques de la poésie d’un après-midi de début d’été.
立夏前一日有赋
Vers originaux:
渐老绿阴天,无家更少年。
落花风外立,啼鸟雨中眠。
客久心逾壮,春归思惘然。
东皇如有意,为我驻流年。
Traduction moderne:
L’ombre verte devient peu à peu plus dense et le temps plus chaud ; sans foyer ni attaches familiales, je parais d’autant plus jeune. Debout dans le vent, je regarde les fleurs tomber ; sous la pluie, je m’endors au chant des oiseaux. Plus longtemps je demeure loin de chez moi, plus mon esprit se fortifie ; pourtant, lorsque le printemps s’en retourne, mes pensées deviennent désemparées. Si Donghuang, le dieu du printemps, avait quelque bienveillance pour moi, qu’il retienne pour moi les années qui s’enfuient.
Analyse:
Yang Ji écrit ce poème la veille du Début de l’été, déposant dans la transition saisonnière une réflexion profonde. “渐老绿阴天” décrit l’ombre verdoyante qui s’épaissit au début de l’été, et le caractère “老” la personnifie comme si elle vieillissait ou mûrissait ; “无家更少年” oppose l’absence de foyer à un état d’esprit juvénile : vivant loin de chez lui, libre de toute attache, le poète a l’impression de ne pas encore avoir vieilli. Le deuxième distique, “落花风外立,啼鸟雨中眠”, le montre debout dans le vent à regarder tomber les fleurs, puis endormi sous la pluie au chant des oiseaux, dans une attitude à la fois libre et légèrement solitaire. “客久心逾壮” écrit que la longue errance a au contraire fortifié son esprit, tandis que “春归思惘然” fait naître un sentiment de vide au départ du printemps. Force et désarroi créent ici une tension. Le dernier distique, “东皇如有意,为我驻流年”, demande au dieu du printemps d’arrêter le temps. C’est une profonde plainte devant la jeunesse qui s’efface et les années qu’on ne peut retenir, mais aussi une émotion naturelle au moment du Début de l’été, ce point de bascule où le printemps s’en va et où l’été arrive.
山中立夏用坐客韵
Vers originaux:
归来泉石国,日月共溪翁。
夏气重渊底,春光万象中。
穷吟到云黑,淡饮胜裙红。
一阵弦声好,人间解愠风。
Traduction moderne:
Je reviens dans ce pays de sources et de rochers, partageant le passage du soleil et de la lune avec le vieil homme au bord du ruisseau. Le souffle de l’été demeure encore au fond des eaux profondes, tandis que la lumière du printemps subsiste parmi toutes choses. Je poursuis mes vers jusqu’à ce que les nuages s’assombrissent ; une boisson simple vaut mieux que le faste des chanteuses et danseuses en jupes rouges. Une mélodie de cordes s’élève soudain, pareille à une brise capable de dissiper les soucis du monde humain.
Analyse:
Wen Tianxiang situe ce poème dans les montagnes au Début de l’été et écrit le plaisir du retrait ainsi que le goût du détachement. “归来泉石国” exprime le sentiment de revenir vers les montagnes et les eaux comme vers un lieu d’appartenance ; “日月共溪翁” décrit une vie rurale où l’on partage les jours avec un vieil homme au bord du ruisseau. Le deuxième distique, “夏气重渊底,春光万象中”, est particulièrement subtil : le souffle de l’été est encore discret, comme enfoui au fond des eaux profondes, tandis que la lumière du printemps n’a pas entièrement disparu et demeure encore dans toutes choses. Il écrit avec précision la place singulière du Début de l’été entre les deux saisons. “穷吟到云黑” montre le poète composant jusqu’à ce que le ciel s’assombrisse ; “淡饮胜裙红” préfère une boisson simple au faste des chants et des danses, révélant un goût pur et élevé. Le dernier vers, “一阵弦声好,人间解愠风”, compare le son harmonieux des cordes à une brise capable de dissiper les contrariétés humaines. Il écrit à la fois la beauté de la musique et fait allusion à la formule attribuée à l’empereur Shun, “南风之薰兮,可以解吾民之愠兮”, où le poète dépose son profond désir d’harmonie dans le monde.
首夏
Vers originaux:
林静蚊未生,池静蛙未鸣。
景长天气好,竟日和且清。
春禽余哢在,夏木新阴成。
兀尔水边坐,翛然桥上行。
Traduction moderne:
La forêt est silencieuse et les moustiques ne sont pas encore apparus ; l’étang est calme et les grenouilles n’ont pas encore commencé à chanter. Les jours s’allongent et le temps est agréable ; toute la journée demeure douce et claire. Le chant des oiseaux de printemps résonne encore, tandis que les arbres d’été ont déjà formé une nouvelle ombre. Je reste tranquillement assis seul au bord de l’eau, puis marche librement et sans hâte sur le pont.
Analyse:
Bai Juyi écrit la tranquillité et le confort du début de l’été avec une langue simple et légère. “林静蚊未生,池静蛙未鸣” commence par deux occurrences de “静”, décrivant ce moment calme où moustiques et grenouilles ne sont pas encore actifs, un signe saisonnier typique autour du Début de l’été. “景长天气好,竟日和且清” écrit l’allongement des jours et la clarté du temps, exprimant directement l’attachement du poète à cette saison. “春禽余哢在” indique que le chant des oiseaux printaniers n’a pas encore complètement disparu, tandis que “夏木新阴成” montre que les arbres de l’été ont déjà formé une nouvelle ombre. Le contraste entre “余” et “新” traduit le sentiment de transition entre les deux saisons. Les derniers mots, “兀尔水边坐,翛然桥上行”, concluent sur deux gestes simples, s’asseoir et marcher, montrant le poète vivant librement, naturellement et avec sérénité dans le premier été. La langue est sobre, mais pleine de saveur.
Conclusion
La poésie du Début de l’été commence par l’exclamation “夏早日初长.” Un poète des Tang écrit “夏早日初长,南风草木香” : en deux vers seulement, il exprime les signes les plus essentiels de la saison — les jours s’allongent, le vent du sud souffle, et les plantes répandent le parfum caractéristique du premier été. Le printemps s’en va presque sans bruit, mais l’arrivée de l’été peut être ressentie : la direction du vent change, la durée de la lumière change, et même l’odeur des fleurs et des herbes se transforme.
Les poètes des Tang écrivent souvent le Début de l’été avec une ampleur libre et détendue. Li Bai écrit “懒摇白羽扇,裸袒青林中” : il n’attend pas le printemps, il entre franchement dans l’été. Bai Juyi écrit dans *池上早夏* “水积春塘晚,阴交夏木繁” : l’eau du bassin de printemps demeure encore, mais les arbres d’été sont déjà luxuriants. Wei Yingwu écrit ce jour-là “夏衣始轻体,游步爱僧居” : le temps se réchauffe, on retire les vêtements épais, le corps devient plus léger et l’on a davantage envie de sortir marcher. Les poètes des Song, quant à eux, aiment davantage observer les changements des signes saisonniers. Yang Wanli écrit dans *小池* “泉眼无声惜细流,树阴照水爱晴柔” ; bien qu’il s’agisse du début de l’été, la scène “小荷才露尖尖角,早有蜻蜓立上头” appartient précisément au paysage qui apparaît après le Début de l’été. Lu You écrit dans *立夏* “赤帜插城扉,东君整驾归” : Dongjun prépare son attelage pour partir, et le printemps quitte officiellement la scène. Zhao Youzhi écrit dans *立夏* “四时天气促相催,一夜薰风带暑来” : le départ du printemps et l’arrivée de l’été ne prennent qu’une seule nuit.
Sima Guang écrit dans *客中初夏* “更无柳絮因风起,惟有葵花向日倾” : les aigrettes de saule ne volent plus, le printemps est terminé ; les tournesols se tournent vers le soleil, l’été commence. Du “裸袒青林中” de Li Bai au “阴交夏木繁” de Bai Juyi, du “东君整驾归” de Lu You au “葵花向日倾” de Sima Guang, la poésie du Début de l’été rassemble les différentes manières dont les poètes des siècles passés ont accueilli l’été au même seuil saisonnier. Certains voient le vent du sud, d’autres les arbres luxuriants ; certains disent adieu au printemps, d’autres embrassent l’été. Lorsque l’on ouvre les poèmes du Début de l’été, leurs mots semblent arriver portés par une légère brise du sud, nous disant : le printemps est parti ; autant accueillir l’été avec liberté et sérénité.
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