Grand Froid Poésie
「旧雪未及消,新雪又拥户。」
La poésie du Grand Froid a pour thème central le froid extrême de la fin de l’année et le printemps déjà perceptible à l’horizon. Shao Yong, avec “旧雪未及消,新雪又拥户”, écrit l’épaisseur de la neige accumulée pendant le Grand Froid ; Yuan Zhen, avec “腊酒自盈樽,金炉兽炭温”, écrit la chaleur du foyer à la fin de l’année. Les poètes écrivent que les poules commencent à couver, que les oiseaux de proie deviennent plus rapides et féroces, et que les eaux se figent jusque dans leurs profondeurs, consignant dans les trois phases saisonnières du Grand Froid l’extrémité finale de l’hiver. Le Grand Froid est la dernière étape des vingt-quatre termes solaires. En ces jours les plus froids, les poètes écrivent : “大寒已过腊来时,万物那逃出入机”. Lorsque le froid atteint son extrême, le printemps est déjà en vue. La poésie du Grand Froid est à la fois le dernier chapitre de l’hiver et le prélude du printemps.
Poésie de Grand Froid
大寒吟
Vers originaux:
旧雪未及消,新雪又拥户。
阶前冻银床,檐头冰钟乳。
清日无光辉,烈风正号怒。
人口各有舌,言语不能吐。
Traduction moderne:
L’ancienne neige n’a pas encore eu le temps de fondre qu’une nouvelle neige s’accumule déjà, obstruant la porte. Le « lit d’argent » devant les marches, c’est-à-dire la margelle du puits, est pris par le gel, tandis que sous les avant-toits pendent des glaçons semblables à des stalactites. Le soleil brille dans un ciel clair, mais sans éclat ; le vent violent hurle avec fureur. Chacun a une langue dans la bouche, mais le froid est tel que personne ne parvient à parler.
Analyse:
Shao Yong prend le Grand Froid pour arrière-plan et pousse à l’extrême l’écriture de la rigueur du froid. Le premier distique, “旧雪未及消,新雪又拥户”, écrit l’accumulation continue de la neige en superposant la neige nouvelle à l’ancienne qui n’a pas encore fondu ; les deux caractères “拥户” donnent à voir concrètement la neige qui bloque la porte. Le deuxième distique, “阶前冻银床”, écrit la margelle du puits figée par le gel, tandis que “檐头冰钟乳” décrit les glaçons suspendus sous l’avant-toit comme des stalactites. Un « argent » et une « glace » rendent la matière même du monde gelé. Le troisième distique, “清日无光辉”, écrit que même sous un soleil clair, la lumière semble privée d’éclat : au Grand Froid, le soleil paraît, mais sa chaleur et sa lumière restent insuffisantes ; “烈风正号怒” écrit le vent glacial qui hurle comme s’il était en colère. Le dernier distique, “人口各有舌,言语不能吐”, dit que chacun possède une langue, mais que le froid extrême les a tellement saisis qu’ils ne peuvent plus parler. Par l’exagération, ce vers exprime un froid poussé jusqu’au point où même la parole devient impossible. Tout le poème progresse par degrés : de la neige à la glace, du soleil au vent, des choses aux êtres humains, épuisant toutes les dimensions du « froid » du Grand Froid.
大寒
Vers originaux:
大寒雪未消,闭户不能出。
可怜切云冠,局此容膝室。
吾车适已悬,吾驭久罢叱。
拂麈取一编,相对辄终日。
Traduction moderne:
Au Grand Froid, la neige n’a pas encore fondu ; je reste derrière la porte fermée, incapable de sortir. Que cette haute coiffe Qieyun est à plaindre, enfermée dans cette pièce si étroite qu’elle suffit à peine à contenir les genoux. Mon char est déjà remisé, et cela fait longtemps que j’ai cessé de crier aux chevaux. J’époussette mon chasse-poussière, prends un volume et demeure face à lui toute la journée.
Analyse:
Lu You prend le Grand Froid pour arrière-plan et écrit la vie retirée de celui qui reste chez lui à lire sous un froid extrême. “大寒雪未消,闭户不能出” décrit l’état quotidien du Grand Froid : la neige accumulée n’a pas fondu, et l’on demeure enfermé chez soi, incapable de sortir. “可怜切云冠” utilise la « coiffe Qieyun », une haute coiffure, pour désigner sa propre identité et ses aspirations. Le mot “可怜”, « à plaindre », exprime l’impuissance d’idéaux élevés prisonniers d’une petite pièce, tandis que “局此容膝室” écrit qu’il ne peut que rester à l’étroit dans une chambre où l’on peut à peine placer les genoux. Le contraste entre la « coiffe Qieyun » et la « pièce à peine assez grande pour les genoux » crée un immense écart entre l’espace réel et l’ampleur des aspirations. “吾车适已悬” écrit que le char a déjà été remisé, tandis que “吾驭久罢叱” dit que les fonctions de conducteur ont depuis longtemps cessé, suggérant que la carrière officielle est achevée et que chars et chevaux ne servent plus. Le dernier vers, “拂麈取一编,相对辄终日”, écrit qu’il chasse la poussière, prend un livre et demeure face à lui pendant toute la journée. Dans le froid extrême du Grand Froid, la lecture devient son unique consolation et ce à quoi il demeure fidèle. Tout en écrivant la rigueur du Grand Froid, le poème exprime aussi l’état d’esprit d’un vieux lettré qui, dans l’adversité, devient plus ferme encore.
大寒
Vers originaux:
大寒节气到,风雪满山川。
冻雀栖檐角,寒梅映窗前。
炉火温新酒,衾裘覆旧毡。
欲知春意近,墙角绿先传。
Traduction moderne:
Le Grand Froid est arrivé, et le vent et la neige emplissent montagnes et rivières. Les moineaux gelés se perchent au coin de l’avant-toit, tandis que les pruniers d’hiver se reflètent devant la fenêtre. Le feu du brasier réchauffe le vin nouveau ; couvertures et fourrures recouvrent le vieux feutre. Si tu veux savoir que le printemps est proche, regarde au pied du mur : les premières pousses vertes en ont déjà apporté la nouvelle.
Analyse:
Wen Tong prend le Grand Froid pour arrière-plan et fait apparaître, au sein même du paysage hivernal, la nouvelle du printemps. “大寒节气到,风雪满山川” écrit d’un trait ample le spectacle du vent et de la neige emplissant montagnes et cours d’eau pendant le Grand Froid. Le deuxième distique, “冻雀栖檐角”, écrit l’immobilité des moineaux gelés sous l’avant-toit, tandis que “寒梅映窗前” montre le prunier d’hiver devant la fenêtre. L’un se trouve en hauteur, sous le toit, l’autre plus bas, près de la fenêtre ; l’un est animal, l’autre végétal, et tous deux composent la scène extérieure d’un jour de Grand Froid. Le troisième distique, “炉火温新酒”, écrit la chaleur du feu intérieur réchauffant le vin nouveau, tandis que “衾裘覆旧毡” décrit les couvertures épaisses, les vêtements de fourrure et le vieux feutre préparés contre le froid. Le dernier distique, “欲知春意近,墙角绿先传”, dit que si l’on veut savoir que le printemps approche, les pousses vertes au pied du mur en ont déjà transmis la nouvelle. Le Grand Froid est l’une des périodes les plus froides de l’année, mais il est aussi le dernier des vingt-quatre termes solaires et précède immédiatement le Début du Printemps. L’apparition de pousses vertes au pied du mur annonce précisément l’arrivée prochaine du printemps. Tout le poème écrit le « chaud » dans le « froid » et le « printemps » dans l’« hiver », son début et sa fin se répondant.
大寒
Vers originaux:
大寒天气雪漫漫,闭户深居学闭关。
炉火红时温旧酒,梅花白处对青山。
消磨岁月惟书卷,检点心情只道闲。
莫笑山翁无伴侣,寒禽相对亦开颜。
Traduction moderne:
Par le temps du Grand Froid, la neige s’étend à perte de vue. Je ferme la porte et demeure profondément retiré, imitant la retraite de ceux qui se consacrent à la pratique spirituelle. Lorsque le feu rougit, je réchauffe du vieux vin ; là où les fleurs de prunier sont blanches, elles font face aux montagnes vertes. Seuls les livres permettent de laisser passer les années et, lorsque j’examine mon humeur, je n’y trouve qu’un seul mot : « loisir ». Ne te moque pas de ce vieil homme des montagnes qui n’a pas de compagnon ; même face aux oiseaux du froid, je peux encore sourire.
Analyse:
Yuan Hongdao prend le Grand Froid pour arrière-plan et écrit le plaisir tranquille d’une vie retirée dans les montagnes. “大寒天气雪漫漫” écrit la neige couvrant sans fin le ciel, tandis que “闭户深居学闭关” décrit le fait de demeurer derrière une porte close, imitant l’état de « retraite » du pratiquant. Le deuxième distique, “炉火红时温旧酒”, écrit la chaleur du vieux vin réchauffé près du feu rouge, tandis que “梅花白处对青山” montre les fleurs blanches du prunier faisant face aux montagnes vertes. Le rouge — le feu — et le blanc — le prunier —, le chaud — le vin — et le froid — la neige — forment un contraste marqué de couleur et de température. Le troisième distique, “消磨岁月惟书卷”, dit que seuls les livres permettent de faire passer les années, tandis que “检点心情只道闲” examine l’état du cœur et le résume par le seul mot “闲”, « loisir ». Ce « loisir » ne signifie pas n’avoir rien à faire, mais désigne une liberté intérieure sans entraves. Le dernier distique, “莫笑山翁无伴侣,寒禽相对亦开颜”, dit de ne pas se moquer du vieil homme des montagnes parce qu’il est sans compagnon : il lui suffit de faire face aux oiseaux du froid pour sourire. Au sein du froid extrême du Grand Froid, le poème écrit une forme transcendante de contentement et reflète le principe créateur de l’école Gong’an, « exprimer directement l’esprit individuel ».
大寒
Vers originaux:
大寒冰冱水,深谷已无樵。
雪积千山静,风鸣万壑遥。
裘轻知岁晚,酒熟乐冬宵。
且喜巡檐处,梅花已暗消。
Traduction moderne:
Au Grand Froid, l’eau s’est figée en glace solide, et dans les vallées profondes il n’y a déjà plus de bûcherons. La neige recouvre mille montagnes dans un silence absolu ; le vent résonne entre dix mille ravins et son bruit se porte au loin. La douceur légère des fourrures rappelle que l’année touche à sa fin ; le vin est mûr, et l’on goûte la chaleur des nuits d’hiver. Plus réjouissant encore, en marchant sous l’avant-toit, je découvre que les boutons du prunier grossissent déjà dans l’ombre.
Analyse:
Cao Yin prend le Grand Froid pour arrière-plan et écrit le silence de l’hiver ainsi que le prunier qui annonce secrètement la nouvelle du printemps. “大寒冰冱水” écrit l’eau déjà figée en glace dure, tandis que “深谷已无樵” montre qu’il n’y a plus de bûcherons dans les vallées profondes : sous le grand froid, les hommes cessent leur activité et toutes choses se retirent. Le deuxième distique, “雪积千山静”, écrit le silence de mille montagnes après l’accumulation de la neige, tandis que “风鸣万壑遥” décrit le vent sifflant au fond des ravins et portant son bruit au loin. L’un est immobile, l’autre en mouvement, et tous deux composent le paysage sonore des montagnes par un jour de Grand Froid. Le troisième distique, “裘轻知岁晚”, écrit la douceur légère des fourrures et rappelle que l’année est avancée, tandis que “酒熟乐冬宵” écrit le vin arrivé à maturité et la joie d’une nuit d’hiver. Le dernier distique, “且喜巡檐处,梅花已暗消”, se clôt sur la joie : en marchant sous l’avant-toit, le poète découvre que les boutons du prunier se développent déjà secrètement. Ici, “暗消” ne signifie pas « se faner », mais renvoie à “消长”, le mouvement de croissance et de décroissance : les boutons du prunier grandissent dans l’ombre et livrent déjà le message du printemps. Dans le froid rigoureux et le silence du Grand Froid, le poème se ferme sur le caractère “喜”, « joie », exprimant l’espoir du printemps qui arrive au terme de l’hiver.
大寒
Vers originaux:
大寒人事静,深坐对空山。
雪落千峰白,云归万壑闲。
炉香温旧梦,灯影照孤颜。
岁尽春将至,何须叹鬓斑。
Traduction moderne:
Au Grand Froid, les affaires humaines se sont apaisées ; assis profondément à l’intérieur, je fais face aux montagnes vides. La neige tombe et blanchit mille sommets ; les nuages regagnent les ravins, laissant dix mille vallées dans le repos. Le parfum du brasier réchauffe d’anciens rêves, tandis que la lumière de la lampe éclaire un visage solitaire. L’année s’achève et le printemps va venir : pourquoi soupirer devant mes tempes grisonnantes ?
Analyse:
Han Biao prend le Grand Froid pour arrière-plan et écrit la profondeur méditative et l’ouverture d’esprit de celui qui demeure assis au cœur de l’hiver. “大寒人事静” indique dès l’ouverture le calme du Grand Froid, lorsque les traces humaines se raréfient et que toutes les affaires semblent silencieuses ; “深坐对空山” écrit le poète assis en silence à l’intérieur, face aux montagnes vides. Le caractère “对”, « faire face à », établit une relation de dialogue entre l’homme et la montagne : sans parole, mais dans une communion de l’esprit. Le deuxième distique, “雪落千峰白”, écrit la beauté pure de mille sommets blanchis par la neige, tandis que “云归万壑闲” décrit les nuages regagnant les ravins et laissant ceux-ci dans le repos. L’un tombe, l’autre revient ; mouvement et silence se répondent dans la nature du Grand Froid. Le troisième distique, “炉香温旧梦”, écrit les volutes parfumées du brasier qui réchauffent les rêves anciens, tandis que “灯影照孤颜” montre la lumière de la lampe éclairant un visage solitaire. Le dernier distique, “岁尽春将至,何须叹鬓斑”, dit que l’année touche à sa fin et que le printemps est sur le point d’arriver : pourquoi donc se lamenter de ses cheveux grisonnants ? Le Grand Froid est le dernier des vingt-quatre termes solaires et précède immédiatement le Début du Printemps. Au terme de l’année, le poète voit déjà l’espoir du printemps et conclut par une question rhétorique qui exprime son détachement face au vieillissement. Tout le poème laisse apparaître, dans l’extrême silence et l’extrême froid, une forme de clarté et de transcendance.
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