Le Commencement de l’automne Poésie
「乳鸦啼散玉屏空,一枕新凉一扇风。」
La poésie du Début de l’Automne écrit souvent le subtil tournant entre l’été et l’automne, lorsque la chaleur se retire et que la fraîcheur commence à naître. Liu Han, avec “一枕新凉一扇风”, écrit le premier frais de l’automne ; Liu Yanshi, avec “云天收夏色,木叶动秋声”, consigne le changement de couleur du ciel et de la terre ; Bai Juyi, avec “风吹一片叶,万物已惊秋”, dit tout l’automne à travers une seule feuille emportée par le vent. Les poètes écrivent les cris des jeunes corbeaux qui se dispersent, les marches couvertes de feuilles de parasolier et une fraîcheur nouvelle près de l’oreiller, laissant, au moment le plus doux du passage entre l’été et l’automne, les annotations les plus délicates sur le changement des saisons.
Poésie de Le Commencement de l’automne
秋夕
Vers originaux:
银烛秋光冷画屏,轻罗小扇扑流萤。
天阶夜色凉如水,坐看牵牛织女星。
Traduction moderne:
La lumière argentée de la bougie éclaire le paravent peint dans la froide clarté de l’automne ; un petit éventail de gaze légère poursuit les lucioles qui voltigent. Sur les marches de pierre du palais, la nuit est fraîche comme l’eau ; assise seule, elle contemple longuement les étoiles du Bouvier et de la Tisserande.
Analyse:
Ce quatrain de sept caractères écrit la solitude d’une dame du palais pendant une nuit d’automne et constitue un classique de la poésie consacrée au premier éveil de l’automne après le Début de l’Automne. “银烛秋光冷画屏” fait du caractère “冷”, « froid », le ton directeur de l’ensemble : la lumière de la bougie, l’éclat automnal et le paravent peint sont réunis pour créer la froideur de la nuit. “轻罗小扇扑流萤” décrit la dame du palais frappant les lucioles avec un petit éventail de gaze ; l’apparition des lucioles est précisément l’un des signes saisonniers du passage de l’été à l’automne. Les deux derniers vers, “天阶夜色凉如水,坐看牵牛织女星”, rendent sensible la fraîcheur par l’image “凉如水”, « fraîche comme l’eau ». Les deux caractères “坐看”, « assise à regarder », traduisent la durée de sa contemplation. Elle regarde les étoiles du Bouvier et de la Tisserande à la fois pour traverser la longue nuit et pour opposer, par le mythe, leur amour à sa propre solitude d’abandonnée. Aucun mot ne dit directement la tristesse, et pourtant elle est partout, retenue et suggérée.
立秋
Vers originaux:
乳鸦啼散玉屏空,一枕新凉一扇风。
睡起秋声无觅处,满阶梧叶月明中。
Traduction moderne:
Les cris des jeunes corbeaux se dispersent, laissant le paravent de jade dans un silence plus profond encore ; près de l’oreiller arrive une fraîcheur nouvelle, semblable au souffle apporté par un éventail. Réveillé de mon sommeil, je cherche le son de l’automne sans pouvoir en trouver la trace ; je ne vois que les feuilles de parasolier couvrant les marches, baignées par la claire lumière de la lune.
Analyse:
Ce quatrain de sept caractères saisit avec une grande finesse sensorielle l’instant subtil où arrive le Début de l’Automne. “乳鸦啼散” décrit les cris des jeunes corbeaux qui se dissipent au crépuscule et indique que le jour approche de sa fin ; “玉屏空” donne à l’espace intérieur une impression de clarté et de vide. “一枕新凉一扇风” est le trait le plus délicat du poème. Le jour du Début de l’Automne, le changement le plus perceptible n’est pas encore la chute d’une feuille visible à l’œil, mais cette fraîcheur nouvelle ressentie sur la peau. Par les deux images mesurées d’« un oreiller » et d’« un éventail », le poète traduit la légèreté et la soudaineté de cette fraîcheur. “睡起秋声无觅处” écrit un son d’automne à peine perceptible, presque impossible à localiser, tandis que “满阶梧叶月明中” confirme finalement par une image visuelle l’arrivée de l’automne : les feuilles de parasolier sont tombées sur les marches, image classique de l’idée selon laquelle une seule feuille suffit à annoncer l’automne. Le poème progresse de l’ouïe au toucher, puis à la vue, écrivant tout le processus par lequel le Début de l’Automne passe du sensible au visible.
立秋日
Vers originaux:
律变新秋至,萧条自此初。
花酣莲报谢,叶在柳呈疏。
澹日非云映,清风似雨余。
卷帘凉暗度,迎扇暑先除。
Traduction moderne:
Le rythme saisonnier change, et le nouvel automne arrive ; c’est à partir d’ici que commence le dépérissement. Les lotus sont encore en pleine floraison, mais annoncent déjà leur déclin ; les feuilles sont toujours aux saules, mais leur feuillage apparaît déjà plus clairsemé. La lumière du soleil est pâle sans que les nuages ne la voilent, et la brise fraîche semble venir d’après la pluie. Lorsque l’on relève le rideau, la fraîcheur entre silencieusement ; en accueillant l’air avec l’éventail, la chaleur commence déjà à se dissiper.
Analyse:
Sikong Shu décrit avec une observation minutieuse les transformations saisonnières du jour du Début de l’Automne. Le premier distique, “律变新秋至,萧条自此初”, indique que le Début de l’Automne marque le commencement du dépérissement ; “律变” renvoie au changement des tonalités musicales associées aux saisons. Le deuxième distique, “花酣莲报谢,叶在柳呈疏”, écrit les transformations infimes des fleurs et des arbres : le lotus est encore en pleine floraison, mais porte déjà en lui l’annonce de sa fanaison ; les feuilles du saule sont toujours là, mais le feuillage commence à s’éclaircir. Les verbes “报谢” et “呈疏” traduisent avec précision le processus progressif du passage entre été et automne. Le troisième distique, “澹日非云映,清风似雨余”, décrit les caractères propres à la lumière et au vent d’automne : si le soleil paraît pâle, ce n’est pas parce que des nuages le couvrent ; la brise fraîche semble, elle, venir d’après une pluie. Le dernier distique, “卷帘凉暗度,迎扇暑先除”, utilise les petits gestes de relever le rideau et d’accueillir la brise avec l’éventail pour écrire la sensation physique du retrait de la chaleur et de la naissance de la fraîcheur, rendant le changement de saison immédiatement perceptible.
立秋夕有怀梦得
Vers originaux:
露簟荻竹清,风扇蒲葵轻。
一与故人别,再见新蝉鸣。
是夕凉飙起,闲景入幽情。
回灯见栖鹤,隔竹闻吹笙。
夜茶一两杓,秋吟三数声。
所思渺千里,云外长洲城。
Traduction moderne:
La natte de bambou mouillée de rosée est fraîche comme les roseaux et le bambou, tandis que l’éventail de palmier se balance légèrement dans la brise. Depuis ma séparation d’avec mon vieil ami, le temps a passé jusqu’à ce que j’entende de nouveau chanter les premières cigales de la saison. Ce soir-là, une fraîche brise se lève soudain, et le paysage paisible éveille des sentiments profonds et retirés. En tournant la lampe, j’aperçois une grue au repos ; au-delà des bambous, j’entends le son d’un sheng. La nuit, je bois une ou deux cuillerées de thé et murmure quelques vers d’automne. Celui auquel je pense se trouve à mille li, dans la ville de Changzhou, au-delà des nuages.
Analyse:
Bai Juyi prend pour arrière-plan le soir du Début de l’Automne et écrit son souvenir de Liu Yuxi, son ami dont le nom de courtoisie était Mengde. “露簟荻竹清,风扇蒲葵轻” utilise la fraîcheur de la natte de bambou et le léger mouvement de l’éventail de palmier pour écrire le premier frais de la nuit automnale. “一与故人别,再见新蝉鸣” exprime le temps écoulé depuis la séparation. Les nouvelles cigales désignent celles que l’on entend au Début de l’Automne : les cigales d’été ne se sont pas encore entièrement tues, tandis que celles de l’automne commencent déjà à chanter ; dans ce passage de l’ancien au nouveau, le temps paraît plus rapide encore. “是夕凉飙起” indique la première levée d’un vent frais au soir du Début de l’Automne ; “回灯见栖鹤,隔竹闻吹笙” crée une atmosphère d’automne retirée par la grue au repos dans la lumière de la lampe et le son du sheng derrière les bambous. Le dernier distique, “所思渺千里,云外长洲城”, exprime directement la nostalgie de l’ami éloigné, mêlant la distance physique de mille li à l’image d’une ville au-delà des nuages, et donnant à cette pensée une longueur et un flou presque infinis.
新秋
Vers originaux:
始惊三伏尽,又遇立秋时。
露彩朝还冷,云峰晚更奇。
垄香禾半熟,原迥草微衰。
幸好清光里,安仁谩起悲。
Traduction moderne:
Je commence à peine à m’étonner de voir les Trois Fu achevés que voici déjà revenu le Début de l’Automne. La rosée du matin brille de lumière, mais porte encore un frisson de froid ; le soir, les sommets enveloppés de nuages deviennent plus merveilleux encore. Sur les sillons flotte le parfum des céréales à demi mûres, tandis que, sur les plaines lointaines, les herbes commencent légèrement à décliner. Heureusement, nous sommes encore dans cette claire lumière d’automne ; pourquoi faudrait-il, comme Pan An, se laisser aller inutilement à la tristesse de l’automne ?
Analyse:
Qiji écrit le Début de l’Automne depuis le regard détaché propre à un moine. “始惊三伏尽,又遇立秋时” utilise les verbes “惊”, s’étonner, et “遇”, rencontrer, pour écrire à la fois la soudaineté et le naturel du changement de saison. “露彩朝还冷” écrit la fraîcheur de la rosée matinale, tandis que “云峰晚更奇” décrit la beauté singulière des nuages et des sommets au soir ; matin et soir montrent ainsi deux visages de l’automne dans une même journée. “垄香禾半熟” écrit par l’odorat le parfum des céréales presque mûres ; “原迥草微衰” écrit par la vue les premiers signes du dépérissement des herbes. D’un côté le parfum, de l’autre le déclin : abondance et désolation automnale apparaissent ensemble. Le dernier distique, “幸好清光里,安仁谩起悲”, est l’œil poétique du texte. “清光” désigne la claire lumière d’automne ; “安仁” renvoie à Pan An, c’est-à-dire Pan Yue des Jin occidentaux, dont la *Rhapsodie sur les émotions d’automne* est marquée par la tristesse de la saison. Le poète dit pourtant : puisque nous sommes dans cette belle lumière claire, pourquoi imiter Pan An et s’attrister de l’automne ? Ces vers expriment une ouverture sereine, qui ne se laisse pas gouverner par les changements du monde extérieur.
立秋
Vers originaux:
秋日寻诗独自行,藕花香冷水风清。
一凉转觉诗难做,付与梧桐夜雨声。
Traduction moderne:
Par un jour d’automne, je marche seul à la recherche de poésie ; le parfum des lotus porte une fraîcheur légère, et le vent sur l’eau est pur. Mais lorsqu’une vague de fraîcheur arrive, je découvre au contraire combien il devient difficile d’écrire un poème ; je confie donc cette poésie au seul bruit de la pluie nocturne dans les parasoliers.
Analyse:
Fang Yue prend pour fil conducteur la recherche du poème au Début de l’Automne et écrit le subtil changement de l’inspiration après l’arrivée de la fraîcheur. “秋日寻诗独自行” s’ouvre sur une libre tranquillité : il ne marche pas pour se rendre quelque part, mais pour chercher la poésie. “藕花香冷水风清” décrit les caractéristiques du Début de l’Automne : les lotus ne sont pas encore entièrement fanés et conservent leur parfum, tandis que le vent venu de l’eau porte déjà de la fraîcheur. Les deux derniers vers, “一凉转觉诗难做,付与梧桐夜雨声”, sont la merveille du poème. Le poète pensait que la fraîcheur de l’automne éveillerait son inspiration, mais découvre que ce frais rend au contraire le poème plus difficile à écrire ; il décide alors de confier le travail du poème au bruit de la pluie nocturne dans les parasoliers. Ce jeu d’une écriture qui consiste à ne pas écrire traduit à la fois le changement d’état intérieur provoqué par la fraîcheur d’automne et l’intuition que la nature elle-même est déjà poésie, avec un discret parfum de Chan.
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Commentaires des Lecteurs
Passionnés de calendriers et de culture traditionnelle du monde entier, sous la même lune.
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