La formation du Festival des Fantômes ne provient pas d’une seule tradition mais de la fusion progressive de trois fils culturels sur une longue période historique. Ces trois fils sont : l’adoration des ancêtres de « Dégustation d’Automne » du septième mois dans la période pré‑Qin — c’est le plus ancien gène culturel du festival ; la croyance taoïste dans les Trois Officiels de la fin de la dynastie Han orientale — qui fournit au festival le nom « Zhongyuan » ; et la traduction du Soutra de Yulanpen bouddhiste dans la dynastie Jin occidentale — qui infusa au festival l’histoire de « Mulian sauvant sa mère ». Convergeant de différentes directions, ils se fusionnèrent dans le long fleuve de l’histoire, formant finalement le Festival des Fantômes tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Adoration des Ancêtres de Dégustation d’Automne
L’origine la plus ancienne du Festival des Fantômes remonte à l’adoration des ancêtres de « Dégustation d’Automne » du septième mois dans la période pré‑Qin. C’est la racine culturelle la plus profonde et la plus essentielle du festival.
Bien avant la naissance de la civilisation étatique, les ancêtres chinois choisirent une voie agraire de production économique et étaient particulièrement sensibles aux changements des quatre saisons. Dès les dynasties Xia, Shang et Zhou, la tradition rituelle de « l’adoration des ancêtres des quatre saisons » s’était déjà établie — les ancêtres étaient adorés à chaque saison : printemps, été, automne et hiver. Le Livre des Rites · Règlements Royaux mentionne : « Les sacrifices dans les temples ancestraux du Fils du Ciel et des seigneurs féodaux s’appelaient Ci au printemps, Di en été, Chang en automne et Zheng en hiver. » Cela signifie que le Fils du Ciel et les seigneurs féodaux sacrifiaient à leurs ancêtres à chaque saison, avec des noms différents pour différentes saisons. « L’automne s’appelait Chang » — le sacrifice d’automne s’appelait « Chang » (Dégustation). Dong Zhongshu de la dynastie Han expliqua en outre dans son Rosée Luxuriante des Annales de Printemps et d’Automne · Quatre Sacrifices : « Chang signifiait déguster le millet et d’autres céréales au septième mois. » Le Rosée Luxuriante des Annales de Printemps et d’Automne · Quatre Sacrifices mentionne également : « Dans l’Antiquité, il y avait quatre sacrifices saisonniers… le printemps s’appelait Ci, l’été s’appelait Yue, l’automne s’appelait Chang, l’hiver s’appelait Zheng… Chang signifiait déguster le millet et d’autres céréales au septième mois. » Les anciens offraient des sacrifices à leurs ancêtres aux quatre saisons, et au septième mois ils présentaient des melons, des fruits, des légumes et des céréales comme le millet fraîchement récoltés — c’était appelé « Dégustation d’Automne » (秋尝), également connu sous le nom de « Offrande du Nouveau » (荐新) ou « Déguster le Nouveau » (尝新) — ce qui signifie laisser les ancêtres goûter la nouvelle récolte en automne.
Au premier mois de l’automne, les récoltes mûrissaient les unes après les autres. Les anciens présentaient souvent le millet, les céréales, les légumes et les fruits fraîchement récoltés à leurs ancêtres à ce moment — c’était la « Dégustation d’Automne », également connue sous le nom « d’Offrande du Nouveau » ou « Déguster le Nouveau ». Le Livre des Rites · Ordonnances Mensuelles mentionne : « En ce mois, les agriculteurs apportent le grain ; le Fils du Ciel goûte le nouveau et l’offre d’abord dans le temple du sommeil. » Cela signifie qu’au premier mois de l’automne, les agriculteurs récoltaient les grains mûrs, et le Fils du Ciel offrait les grains fraîchement récoltés dans le temple du sommeil pour sacrifier à ses ancêtres. Le Fils du Ciel accomplissait également le rituel de « Déguster le Nouveau », offrant les nouveaux grains à ses ancêtres. Du Fils du Ciel aux seigneurs féodaux en passant par les gens ordinaires, tous devaient d’abord honorer leurs ancêtres après la récolte d’automne avant de goûter eux‑mêmes les nouveaux aliments.
La logique profonde de la « Dégustation d’Automne » est que « toutes choses ont leur origine dans le ciel, et les humains ont leur origine dans les ancêtres ». Dans l’Antiquité, lorsque la productivité était faible, le succès de l’agriculture était confié à la protection des esprits et des ancêtres. Après la récolte, offrir d’abord aux ancêtres était à la fois une expression de gratitude et une prière pour des bénédictions continues dans l’année à venir. Comme l’a dit le folkloriste Xiao Fang, au septième mois lunaire, lorsque les nouveaux grains mûrissaient, les anciens offraient d’abord le nouveau riz de l’année à leurs ancêtres, leur rendant compte et les remerciant ; le 15e jour du septième mois était à l’origine un festival d’automne d’adoration des ancêtres.
Initialement, la date de l’adoration des ancêtres de « Dégustation d’Automne » n’était pas fixe. Au premier mois de l’automne, le Fils du Ciel goûtait le nouveau et l’offrait dans le temple, mais le jour spécifique n’était pas prescrit. Plus tard, ce rituel se fixa progressivement autour du 15e jour du septième mois — généralement le premier jour de pleine lune après le Début de l’Automne. Ce processus de focalisation était étroitement lié au système de connaissance temporelle du calendrier luni‑solaire. Dans le calendrier luni‑solaire, le wangri (jour de pleine lune, le 15e jour) était le nœud temporel le plus important — la pleine lune brillait intensément, ce qui en faisait le meilleur moment pour que les premiers peuples organisent d’importants rituels de la vie tels que les sacrifices et les célébrations. Le premier wangri de chaque saison était encore plus important que les autres wangri. Le wangri du septième mois devint ainsi le meilleur moment pour l’adoration des ancêtres de « Dégustation d’Automne ». Comme l’ont souligné les chercheurs, l’adoration des ancêtres de « Dégustation d’Automne » était le plus ancien rituel sacrificiel du septième mois en Chine, et l’on peut dire que l’adoration des ancêtres de Dégustation d’Automne fut l’origine la plus ancienne du Festival des Fantômes. L’adoration des ancêtres et l’éthique du clan représentées par la « Dégustation d’Automne » devinrent le contenu central de la « piété filiale » confucéenne. Le rituel de « Dégustation d’Automne » avait la fonction d’unir le clan, d’honorer les ancêtres et de renforcer les liens familiaux.
Le Fil Taoïste
Si l’adoration des ancêtres de « Dégustation d’Automne » est la « racine » du Festival des Fantômes, alors la croyance taoïste dans les Trois Officiels est le « nom » du festival — c’est le taoïsme qui nomma le 15e jour du septième mois « Zhongyuan », donnant au festival son marqueur culturel le plus important.
La croyance taoïste dans les Trois Officiels remonte à la fin de la dynastie Han orientale. La Voie des Cinq Pics de Riz, une importante secte taoïste de la fin de la dynastie Han, soutenait que l’Officiel Céleste accorde des bénédictions, l’Officiel de la Terre pardonne les péchés et l’Officiel de l’Eau soulage les calamités. Le taoïsme vénère les Trois Officiels du Ciel, de la Terre et de l’Eau comme de grandes divinités qui gouvernent la fortune et le malheur humains. Selon la théorie taoïste du Yin‑Yang et des Cinq Éléments, les trois nuits de pleine lune des 15e jours des premier, septième et dixième mois furent désignées comme Shangyuan, Zhongyuan et Xiayuan, respectivement, comme les anniversaires de l’Officiel Céleste, de l’Officiel de la Terre et de l’Officiel de l’Eau. À partir de la dynastie Han, la croyance dans les Trois Officiels circula entre le peuple et les ordres religieux, et à travers les dynasties du Nord et du Sud, les Tang et les Song, elle devint de plus en plus mûre, formant finalement une pratique de croyance centrée sur les festivals des Trois Primes. Selon le Xuan du da xian jing taoïste, le 15e jour du septième mois, l’Officiel de la Terre tient le registre des âmes humaines, examine le bien et le mal et accorde des pardons.
Dans la croyance taoïste, l’Officiel de la Terre est chargé de pardonner les péchés, supervisant spécifiquement le bien et le mal dans le monde humain, évaluant les mérites et les démérites, et le 15e jour du septième mois, le Festival de Zhongyuan, descendant dans le monde humain pour pardonner les péchés des défunts et soulager leur souffrance. Les disciples taoïstes préparaient des offrandes végétariennes ce jour‑là, sacrifiaient à leurs ancêtres et priaient pour que l’Officiel de la Terre pardonne les péchés de leurs ancêtres. Le sens central du nom « Zhongyuan » est le « pardon des péchés » — non seulement pardonnant les péchés des vivants mais aussi les péchés des défunts. Ce concept de « pardon » infusa à l’adoration populaire des ancêtres une signification religieuse plus profonde — l’adoration des ancêtres n’était pas seulement le souvenir mais aussi la recherche du pardon et de la libération pour ses ancêtres.
Après le développement pendant la période des Six Dynasties, les jours des Trois Assemblées se combinèrent avec le concept des Trois Primes, et avec le soutien officiel sous la dynastie Tang, les jours des Trois Primes de Shangyuan, Zhongyuan et Xiayuan se standardisèrent comme des festivals pour les bénédictions, l’adoration des ancêtres et l’adoration des divinités, avec l’empereur conduisant les fonctionnaires dans les rituels. La dynastie Tang désigna le taoïsme comme religion d’État, et le taoïsme énuméra le ciel, la terre et l’eau comme les trois principaux éléments de l’espace. À la mi‑fin des Tang, le « Festival de Zhongyuan » avait remplacé le « Festival de Yulanpen » comme nom de festival fixe, et les connotations idéologiques de l’adoration des ancêtres, de la révérence au Bouddha et du respect du taoïsme furent consolidées. Dans la mi‑fin des Tang, le « Festival de Zhongyuan » devint un nom fixe. Le terme taoïste « Zhongyuan » fut largement accepté parmi le peuple, et les rituels taoïstes s’étendirent également des cérémonies de bénédiction impériales aux pratiques populaires de soulagement des catastrophes.
Intégration Bouddhiste
Si l’adoration des ancêtres de « Dégustation d’Automne » est la « racine » du Festival des Fantômes et la croyance taoïste dans les Trois Officiels son « nom », alors le Festival Bouddhiste de Yulanpen est son « âme » — l’histoire de « Mulian sauvant sa mère » a fourni au festival son noyau émotionnel le plus émouvant.
Le terme « Festival de Yulanpen » provient de l’histoire bouddhiste de Mulian sauvant sa mère et est une translittération du sanskrit « Ullambana », qui signifie à l’origine « sauver ceux qui sont suspendus la tête en bas ». Selon le Soutra du Bouddha Parlant de Yulanpen traduit par Dharmaraksa de la dynastie Jin occidentale, Mulian (également connu sous le nom de Maudgalyayana), l’un des dix grands disciples de Sakyamuni, après avoir atteint l’état d’arhat, utilisa son œil divin pour voir sa mère défunte souffrant dans le royaume des fantômes affamés, émaciée et incapable de manger. Mulian était profondément affligé et lui envoya de la nourriture dans un bol, mais dès que la nourriture atteignit les mains de sa mère, elle se transforma en charbon ardent. Mulian chercha de l’aide auprès du Bouddha. Le Bouddha dit à Mulian que les péchés de sa mère étaient si profonds qu’il ne pouvait pas la sauver seul ; il devait, le 15e jour du septième mois — le jour où la communauté monastique terminait sa retraite d’été — préparer cent saveurs de nourriture et d’offrandes pour la communauté monastique des dix directions, et compter sur leur pouvoir collectif pour la sauver. Mulian suivit les instructions du Bouddha et sauva avec succès sa mère du royaume des fantômes affamés. Par la suite, Mulian étendit cela aux autres et suggéra au Bouddha que tous les disciples monastiques et laïcs souhaitant pratiquer la piété filiale puissent faire des offrandes de Yulanpen le 15e jour du septième mois pour racheter leurs parents de la vie présente et pour sept générations passées, établissant ainsi le Festival de Yulanpen le 15e jour du septième mois. Le Soutra de Yulanpen est donc connu comme le Classique de la Piété Filiale bouddhiste et est la véritable origine du « Festival de Yulanpen ».
Lorsque le bouddhisme entra pour la première fois en Chine, il adhéra à la doctrine originale de ne pas honorer les rois ni les parents, ce qui entrait en conflit profond avec la culture confucéenne qui mettait l’accent sur la parenté de sang et les relations humaines. Plus tard, le bouddhisme s’adapta aux coutumes locales et combina l’assemblée de Yulanpen avec la coutume traditionnelle de « Dégustation d’Automne », formant le festival de piété filiale bouddhiste avec des caractéristiques culturelles éthiques chinoises — le Festival de Yulanpen. Les connotations morales contenues dans le Festival de Yulanpen — honorer les parents, délivrer les ancêtres et montrer de la compassion à tous les êtres — résonnaient avec les valeurs confucéennes de bienveillance et de piété filiale et correspondaient aux émotions et aux souhaits du peuple, se répandant ainsi largement parmi la population. La légende de Mulian apportée par le bouddhisme donna naissance à des coutumes festives telles que les représentations de l’opéra de Mulian. L’histoire de Mulian sauvant sa mère intégra parfaitement les concepts bouddhistes de délivrance, l’esprit confucéen de piété filiale et les traditions populaires d’adoration des ancêtres, devenant le récit culturel le plus profondément enraciné du Festival des Fantômes.
L’empereur Wu de la dynastie Liang dans les dynasties du Sud vénérait le bouddhisme. En la quatrième année de l’ère Datong (538 apr. J.‑C.), il établit le « banquet végétarien de Yulanpen » au Temple Tongtai, et par la suite « à chaque 15e jour du septième mois, des offrandes étaient envoyées à tous les temples ». Sous l’atmosphère prévalente de révérence bouddhiste, les coutumes bouddhistes se fusionnèrent avec le Festival des Fantômes traditionnel, évoluant vers l’assemblée de Yulanpen. Selon le Jingchu Suishiji compilé pendant cette période : « Le 15e jour du septième mois, les moines, moniales et laïcs préparent tous des offrandes pour les temples… avec des mérites de sept feuilles, et les envoient avec des bannières, des fleurs, des chants, des tambours et des fruits. » Cela montre que pendant les dynasties du Sud, l’assemblée de Yulanpen était déjà devenue un grand festival auquel participaient à la fois les monastiques et les laïcs.
Commentaires des Lecteurs
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