De l’époque pré-Qin aux dynasties Qin et Han
En tant que Nouvel An traditionnel du peuple qiang, cette fête aurait ses racines dans l’époque pré-Qin. Les Qiang font partie des peuples anciens mentionnés dans l’histoire chinoise et certaines traditions historiques les présentent comme des descendants de Yandi, l’Empereur Yan (炎帝). Dans certaines zones, notamment à Ganxi dans l’est de l’actuel Beichuan, des vestiges archéologiques témoignent également d’activités humaines remontant à la fin du Néolithique.
Durant la période pré-Qin, les communautés qiang connurent une importante transition entre une civilisation pastorale et une économie agricole sédentaire. Le passage de populations qui « suivaient l’eau et les pâturages » à des communautés qui « vivaient près des montagnes et construisaient des maisons de pierre » transforma profondément leur rapport aux saisons et au temps. L’observation précise des cycles naturels et des changements saisonniers devint de plus en plus importante, favorisant le développement d’un calendrier solaire de dix mois : dix mois de trente-six jours suivis de cinq jours supplémentaires consacrés au Nouvel An, soit 365 jours.
L’association actuelle du Nouvel An qiang avec le premier jour du dixième mois lunaire est traditionnellement rattachée à cet ancien héritage calendaire et aux calculs des Shibi.
Sous les Qin et les Han, les populations qiang étaient principalement réparties dans des régions correspondant aux actuelles provinces du Sichuan, du Gansu et du Qinghai, et entretenaient des contacts culturels étroits avec les Plaines centrales. Après l’unification réalisée par les Qin, le calendrier Zhuanxu (颛顼历) fut promu, avec le dixième mois comme début de l’année. Le *Recueil des coutumes saisonnières de Jing et Chu* (《荆楚岁时记》) contient cette phrase :
> « 十月朔日,黍曜,俗谓之秦岁首。 » > « Le premier jour du dixième mois, le millet brille de maturité ; dans l’usage populaire, on l’appelle le commencement de l’année des Qin. »
L’ancien Nouvel An qiang était fondamentalement une célébration annuelle des récoltes et de la gratitude. Son association avec le premier jour du dixième mois lunaire forme ainsi un parallèle historique frappant avec la tradition Qin consistant à faire du dixième mois le début de l’année.
Des dynasties Sui et Tang aux Song et Yuan
Sous les Sui et les Tang, les contacts entre les communautés qiang et les Plaines centrales devinrent de plus en plus étroits. Après l’essor de l’Empire tibétain durant les Tang, certains groupes qiang furent progressivement tibétanisés, tandis que les communautés du cours supérieur de la rivière Min conservèrent des traditions culturelles relativement distinctes. Le Nouvel An qiang, l’une de leurs fêtes les plus importantes, continua à être transmis et à se développer.
Selon l’ensemble des textes rituels Shibi conservés dans la tradition culturelle qiang, les sacrifices et les récits mythologiques associés à la fête avaient déjà acquis une forme relativement stable à l’époque Tang. Le classique de l’autel supérieur Mujiezhu conserve l’ensemble de la séquence narrative — la fille du dieu céleste descendant dans le monde humain, le sacrifice après la récolte et l’institution de la fête du Nouvel An — ce qui suggère que le cadre culturel du festival était déjà bien développé.
La dynastie Song constitua une autre période importante pour la culture qiang. Dans le cours supérieur de la rivière Min, les communautés se stabilisèrent progressivement. Les coutumes du Nouvel An se diversifièrent. Outre le rite central consistant à offrir un sacrifice au Ciel et accomplir ses vœux, différentes formes culturelles comme la danse circulaire Shalang (沙朗), la consommation collective de zajiu (咂酒) et des aliments tels que les grandes bouchées vapeur Wada (瓦达) furent progressivement intégrées à la fête.
Les échanges entre Qiang et Han s’intensifièrent également sous les Song. La différence de date entre le Nouvel An qiang, au dixième mois, et la Fête du Printemps han, au premier mois, favorisa l’apparition de l’expression « Petit Nouvel An » dans les régions où les deux peuples vivaient à proximité.
Sous les Yuan, bien que la Chine fût gouvernée par les Mongols, de nombreuses communautés qiang demeurèrent dans des régions reculées et connurent une assimilation culturelle relativement limitée. La transmission de la fête dépendait surtout de l’institution des Shibi et de l’organisation villageoise. Le système tusi (土司) de chefferies héréditaires, mis en place dans certaines régions, influença néanmoins profondément la structure sociale qiang. Dans certains endroits, l’organisation de la fête passa progressivement de formes tribales relativement autonomes à des structures davantage encadrées par les autorités héréditaires locales. Malgré cela, le Nouvel An qiang resta principalement une fête organisée à l’échelle du village et conserva largement ses formes traditionnelles.
Dynasties Ming et Qing
Les périodes Ming et Qing constituent un tournant essentiel, au cours duquel le Nouvel An qiang passa progressivement d’une phase de vitalité à une phase de déclin. À la fin des Ming et au début des Qing, le savoir calendaire des Shibi impressionnait encore les observateurs extérieurs. Gu Yanwu écrivit qu’ils pouvaient « calculer les éclipses solaires et lunaires et les cycles calendaires sans la moindre erreur ; généralement, ils considéraient dix mois comme une année. » Ce témoignage suggère qu’à l’époque Ming, les Shibi maîtrisaient encore des méthodes sophistiquées de calcul liées à l’ancien calendrier solaire de dix mois et que le Nouvel An qiang continuait à être célébré selon un système propre.
Avant Kangxi, la date de la fête était toujours déterminée selon le calendrier qiang. Mais durant les règnes de Kangxi et Qianlong, le développement de l’agriculture et de l’artisanat autour de Chengdu attira un grand nombre d’hommes et de femmes qiang vers la plaine de Chengdu pendant la morte-saison agricole suivant leur propre Nouvel An. Les transformations économiques firent entrer de plus en plus profondément la Fête du Printemps calculée selon le calendrier lunaire dans la vie culturelle qiang, tandis que l’ancien Nouvel An perdait progressivement en importance.
Avec la disparition du calendrier de dix mois, la fête perdit le système calendaire qui déterminait auparavant sa date avec précision. Les communautés conservèrent la mémoire de leur propre Nouvel An, mais la date devint progressivement incertaine. Finalement, la Fête du Printemps devint la célébration annuelle la plus importante dans de nombreuses communautés qiang, tandis que l’ancien Nouvel An passa au second plan.
La mise en œuvre par le gouvernement Qing de la politique de gaitu guiliu (改土归流) — en particulier son expansion dans l’ouest du Sichuan sous le règne de Yongzheng — accéléra l’intégration politique et culturelle des régions qiang. Le calendrier lunaire han et les coutumes de la Fête du Printemps pénétrèrent plus profondément dans la vie sociale. Pourtant, comme l’a souligné un chercheur :
> « Les Qiang célébraient le Nouvel An autour du solstice d’hiver et, afin de le distinguer de la Fête du Printemps han, l’appelaient “Petit Nouvel An”. Cela reflétait en réalité leur attachement persistant à l’ancienne fête au cours du processus durant lequel la Fête du Printemps han remplaçait progressivement le Nouvel An du calendrier qiang. »
La mémoire culturelle de la fête ne disparut donc pas. Elle continua à vivre avec ténacité sous la forme du « Petit Nouvel An ».
Même si, sous les Ming et les Qing, la fête perdit progressivement de son importance au niveau officiel, elle continua à être transmise oralement dans les villages. Les Shibi, principaux détenteurs du patrimoine culturel qiang, continuèrent à présider les sacrifices et à réciter les textes rituels. Cette situation — survie dans les communautés malgré l’affaiblissement de la reconnaissance officielle — permit à la fête de conserver sa vitalité dans la mémoire collective après la disparition de son ancien calendrier, préparant ainsi le terrain culturel de sa renaissance dans les années 1980.
Époque contemporaine
À l’époque contemporaine, le Nouvel An qiang a connu un parcours remarquable du silence à la renaissance, puis d’une tradition locale à un patrimoine reconnu internationalement.
En 1986, le premier jour du dixième mois lunaire, fut organisée à Pékin la Première célébration du Nouvel An du calendrier qiang pour les compatriotes qiang vivant dans la capitale. En 1987, la Commission des affaires ethniques du Sichuan organisa à Chengdu une célébration du Nouvel An qiang. En 1988, la Fête Rimai, également appelée à l’époque Nouvel An du calendrier qiang, fut officiellement reconnue par le gouvernement populaire de la Préfecture autonome tibétaine et qiang d’Aba comme fête légale du peuple qiang. En 1991, le gouvernement populaire du district de Beichuan organisa pour la première fois une célébration officielle du Nouvel An qiang au chef-lieu du district. Depuis lors, la fête est célébrée chaque année le premier jour du dixième mois lunaire.
En 2008, le Nouvel An qiang fut approuvé par le Conseil des affaires d’État pour son inscription sur la deuxième liste nationale du patrimoine culturel immatériel de Chine. La même année fut créée une zone expérimentale nationale de protection écologique de la culture qiang.
En 2009, la fête fut inscrite par l’UNESCO sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. En 2024, elle fut transférée de cette liste vers la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, marquant la première application officielle d’une telle procédure de transfert dans le cadre des mécanismes de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
En ce sens, le Nouvel An qiang a véritablement parcouru le chemin « de l’Antiquité au présent, des villages de montagne à la nation, puis jusqu’aux Nations unies », accomplissant un passage historique de la sauvegarde d’urgence à la transmission vivante.
Commentaires des Lecteurs
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