La Fête Maguai commence généralement le premier jour du Nouvel An lunaire et s’achève le deuxième jour du deuxième mois lunaire. Les ancêtres zhuang considéraient que les grenouilles étaient les enfants du Dieu du Tonnerre et des divinités de la pluie chargées de gouverner le vent et les précipitations. En rendant un culte au Maguai, ils cherchaient à prédire les conditions de l’année à venir et à prier pour de bonnes récoltes. La première étape est « chercher le Maguai » : les habitants parcourent les champs à la recherche de grenouilles venant tout juste de sortir de leur hibernation ; la deuxième étape, « rendre un culte au Maguai », consiste à accomplir des rites sacrificiels ; la troisième, « observer des rites de piété filiale envers le Maguai », comprend les chants du Maguai et la danse du Maguai ; la quatrième, « enterrer le Maguai », consiste à inhumer la grenouille. Les mouvements de la danse du Maguai imitent pour la plupart les gestes de la grenouille. Pendant la fête ont également lieu des rassemblements de tambours de bronze, des rencontres de chants populaires, des expositions gastronomiques, des expériences liées à la culture agricole et des soirées festives autour de grands feux, entre autres activités. La Fête Maguai du peuple zhuang est principalement répandue dans le bassin de la rivière Hongshui, dans le nord-ouest du Guangxi.
Principales coutumes
Chercher le Maguai
À l’aube du premier jour du premier mois lunaire, les habitants font retentir des tambours de bronze et partent en groupes dans les champs à la recherche de grenouilles encore en train de sortir de leur hibernation. Hommes et femmes, jeunes et vieux de tout le village se dispersent dans les champs voisins et le long des ruisseaux, cherchant partout le « Yaguai » tant attendu, appelé localement « Maguai Po ».
Selon la tradition, la première personne qui trouve une grenouille est considérée comme chanceuse et reçoit le titre de « gendre du Roi du Tonnerre », ou « Maguai Lang », devenant le chef du Maguai pour l’année. Le chef conduit alors tout le monde à allumer des pétards et des fumigènes afin d’annoncer au Roi du Tonnerre la bonne nouvelle que le monde humain célèbre le culte du Maguai. La grenouille est ensuite ramenée au village et placée dans un palanquin décoré. Le Maguai trouvé est introduit dans un tube de bambou préparé à l’avance, appelé « cercueil du Maguai ».
Rendre un culte au Maguai
Le culte au Maguai a lieu principalement le quinzième jour du premier mois lunaire. Les principales activités comprennent l’érection de bannières, les sacrifices et les rencontres de chants du Maguai. Les habitants disposent des offrandes, frappent les tambours de bronze, brûlent de l’encens et rendent un culte au Maguai. La cérémonie est présidée par un ancien très respecté du village. Le cercueil du Maguai est installé dans le pavillon du Maguai et l’on présente comme offrandes les trois animaux sacrificiels, du riz gluant aux cinq couleurs, du vin et d’autres produits. L’officiant récite les textes sacrificiels et prie la Déesse Maguai de bénir tout le village en lui accordant un climat favorable, des récoltes abondantes ainsi que la prospérité des hommes et des animaux.
L’érection de la bannière est une étape importante du culte au Maguai. Chaque année, le quinzième jour du premier mois lunaire, les habitants du village de Baying organisent l’activité folklorique de « l’érection de la bannière » de la Fête Maguai. Il s’agit de « dresser une perche et suspendre une bannière », c’est-à-dire une bannière de papier, appelée « Yaotonggan » en langue zhuang. Les villageois dressent près du lieu funéraire fixe du Maguai, à l’entrée du village, une bannière de papier colorée haute de cinq à six mètres, déposent des offrandes, frappent les tambours de bronze, font éclater des pétards et rendent un culte au Maguai. Le rituel de l’érection de la bannière symbolise les 365 jours de l’année. Selon la croyance, ce jour est celui où l’Empereur de Jade accorde une grâce particulière et autorise les paysans à offrir des souris en sacrifice afin que les divinités célestes les punissent, les empêchent de détruire de nouveau les cultures et bénissent la nouvelle année d’un climat favorable, de récoltes abondantes et de la prospérité des hommes et des animaux.
Observer des rites de piété filiale envers le Maguai
Observer des rites de piété filiale envers le Maguai constitue l’une des étapes les plus empreintes de dimension humaine de la Fête Maguai. Dans la culture zhuang, la « piété filiale » ne s’adresse pas seulement aux parents, mais aussi aux divinités. Ce rite reflète la conception traditionnelle zhuang selon laquelle les divinités naturelles sont considérées comme des membres de la famille.
Après vingt-cinq jours de veillée et de procession dans le village, la Fête Maguai entre dans son point culminant. Les habitants dansent la Danse du Maguai et chantent les chants du Maguai pour garder la veillée auprès du Maguai. Pendant la veillée, ils accompagnent le Maguai toute la nuit et expriment, par le chant et la danse, leur respect et leur gratitude envers lui. Le soir, le palanquin décoré est porté jusqu’au pavillon du Maguai, où l’on danse la Danse du Maguai et chante les chants du Maguai afin d’observer la veillée. Toute la nuit, le son des tambours de bronze ne cesse pas, tandis que chants et danses se succèdent. Les habitants accompagnent ainsi le Maguai durant ses derniers moments de la manière la plus fervente.
Procession dans le village et culte au Maguai
Du premier jour jusqu’à la fin du premier mois lunaire, les enfants transportent la grenouille dans le village pendant la journée et adressent leurs vœux à chaque foyer. Portant le « cercueil du Maguai » et frappant les tambours de bronze, ils défilent dans le village, s’arrêtent un moment devant chaque maison et récitent ensemble des paroles de bénédiction, jusqu’à ce que le « cercueil du Maguai » soit ramené à l’endroit prévu.
La procession de visite au Maguai consiste à se rendre de foyer en foyer. À chaque maison, les habitants récitent à haute voix des formules de bénédiction, souhaitant à la famille hôte que tout se passe favorablement au cours de la nouvelle année, que le bétail prospère et que les récoltes soient abondantes. Le maître de maison fait éclater des pétards pour les accueillir et leur offre en remerciement du riz, des gâteaux de riz gluant, des œufs rouges, des enveloppes rouges et d’autres présents. Les cadeaux obtenus pendant la procession sont appelés « produits de bonheur et de longévité ». Le riz du Maguai est constitué des offrandes apportées par les différents foyers. Selon la coutume traditionnelle, après la fin des activités de la Fête Maguai, tout le village se réunit pour un repas collectif.
Enterrer le Maguai
L’enterrement du Maguai est le rituel le plus mystérieux de la Fête Maguai et constitue également le point culminant de toute la fête. Ce jour-là, les habitants choisissent une heure propice, portent le palanquin décoré jusqu’au lieu d’inhumation de la grenouille et ouvrent le précieux cercueil dans lequel avait été enterrée la grenouille de l’année précédente. Si les os de la grenouille sont devenus jaune doré, cela annonce une bonne année ; tous les tambours de bronze retentissent immédiatement et la foule pousse des cris de joie. Si les os sont gris ou noirs, cela signifie que l’année sera mauvaise ; les habitants brûlent alors de l’encens et prient pour éloigner les calamités et attirer les bénédictions.
Lors de l’inhumation du nouveau Maguai, tout le monde se tient respectueusement debout et en silence. Le « gendre du Maguai » dépose d’abord le cercueil en terre selon une orientation d’est en ouest, puis tous se précipitent pour ajouter de la terre et élever le tertre funéraire. Des offrandes sont déposées autour de la tombe. La cérémonie d’inhumation de la nouvelle grenouille est extrêmement solennelle : le cercueil du Maguai de l’année est placé dans la fosse et un dernier adieu est organisé.
Après l’enterrement du Maguai, hommes et femmes, jeunes et vieux, se rassemblent autour d’un feu de joie pour chanter et danser, envoyant l’âme du Maguai vers le ciel. Cette nuit-là, les habitants font la fête sans retenue jusqu’à l’aube.
Rencontres de chants du Maguai et Danse du Maguai
La rencontre de chants du Maguai est l’une des activités importantes de la Fête Maguai. Pendant la fête, les habitants frappent gongs et tambours et invitent des chanteurs venus de toutes parts. Tous revêtent leurs habits de fête et se réunissent dans la joie, tandis que les chants résonnent dans les champs. De jeunes hommes et de jeunes femmes non mariés venant des villages zhuang voisins affluent, se rassemblent autour des feux, se mettent par deux et se donnent rendez-vous dans les champs afin de chercher la personne qui leur plaît à travers les « chants du Maguai », c’est-à-dire des chants populaires d’amour interprétés en alternance.
La Danse du Maguai est la forme de danse la plus représentative de la Fête Maguai. Ses mouvements imitent pour la plupart ceux de la grenouille. Parmi les principaux gestes figurent l’accroupissement profond sur les deux jambes, le corps penché en arrière en s’appuyant sur un bâton, les déplacements latéraux par petits pas rapides, ainsi que des mouvements de levée, de frappe, de tremblement et de petits tapotements. La danse est fortement imprégnée de la vie quotidienne et possède un caractère humoristique et plaisant. Lors de la nuit culminante de la Fête Maguai, les habitants portent d’anciens masques et exécutent des danses populaires telles que la Danse de Vénération du Dieu Maguai, la Danse de Vénération du Tambour de Bronze, la Danse du Hersage et du Labour, la Danse du Repiquage du Riz, la Danse de la Pêche et de la Capture des Crevettes, la Danse du Filage et du Tissage, ainsi que la Danse de Vénération du Maguai pour la Récolte. Chacune de ces danses constitue une expression artistique de la vie agricole zhuang.
L’alimentation de la Fête Maguai
La cuisson à la vapeur du riz gluant aux cinq couleurs est l’une des préparations alimentaires les plus importantes de la Fête Maguai. Ce riz est teint à l’aide de colorants végétaux naturels, possède des couleurs éclatantes et est parfumé et savoureux. Le pilage du ciba, gâteau de riz gluant, est une activité collective pendant la fête, tandis que les œufs rouges symbolisent l’auspice et la joie. Le jour des activités, les villageois abattent des porcs et des poulets et préparent un abondant banquet de fête. Le riz du Maguai est constitué des offrandes apportées par les différents foyers et, selon la coutume traditionnelle, après la fin de toutes les activités de la Fête Maguai, l’ensemble du village se réunit pour un repas collectif.
Variations régionales
Village de Baying, Donglan
Lieu central d’origine, conservation la plus complète, plus de 400 ans d’histoire, du premier jour du Nouvel An lunaire au deuxième jour du deuxième mois lunaire
Canton de Wuai, Nandan
Plus de 2 000 ans d’histoire ; particulièrement répandue dans le village de Nadi, le hameau de Danlu et le village de Dutian
Village de Nadong, Tian’e
Base de transmission de la Danse du Maguai et zone de protection écologique de la culture du tambour de bronze
Bama
Les anciens chants du Maguai et les sons festifs des tambours de bronze se transmettent de génération en génération
La déesse grenouille dans la langue zhuang
« Maguai » est le terme utilisé en langue zhuang pour désigner la grenouille. Dans la culture zhuang, le Maguai n’est pas un animal ordinaire, mais une divinité gouvernant le vent et la pluie, l’un des enfants envoyés dans le monde humain par le Roi du Tonnerre. Les villages zhuang établis le long de la rivière Hongshui rendent un culte au Maguai afin de prier pour un climat favorable, des récoltes abondantes ainsi que la prospérité des hommes et des animaux.
La Fête Maguai est également appelée « Fête de la Grenouille », « Fête de la Déesse Grenouille » ou encore « Fête du Culte de la Grenouille ». L’appellation « Fête de la Déesse Grenouille » est particulièrement évocatrice. Dans la langue zhuang, le terme traduit par « grand-mère » ou « dame » est une appellation honorifique réservée aux ancêtres féminines et aux divinités. La « Déesse Grenouille » désigne ainsi une divinité féminine sous la forme d’une grenouille, ce qui montre que les ancêtres zhuang considéraient la grenouille comme une divinité féminine. Selon les légendes zhuang, c’est la déesse grenouille qui gouverne le vent et la pluie, et la grenouille elle-même est appelée Maguai. L’appellation « Fête de la Déesse Grenouille » reflète l’intégration profonde du culte maternel et du culte de la grenouille dans la société zhuang.
Dans le village de Baying, canton de Bachou, district de Donglan, au Guangxi, la Fête Maguai est appelée « Yagui » dans le dialecte local. En tant que lieu central d’origine et village modèle pour la transmission de la « Fête Maguai du peuple zhuang », Baying conserve encore aujourd’hui de manière complète les rituels anciens et mystérieux de la fête, constituant ainsi un exemple vivant de transmission active de la civilisation agricole zhuang.
Diversité des noms et appellations
La Fête Maguai porte différents noms selon les régions. Dans certains endroits, elle est appelée « Fête de la Grenouille », dans d’autres « Fête du Culte de la Grenouille », et ailleurs encore « Fête de la Déesse Grenouille ». Ces différentes appellations reflètent de subtiles différences régionales au sein d’une même fête, mais elles s’articulent toutes autour d’un même noyau : le culte et le sacrifice dédiés à la grenouille.
L’appellation « Fête de la Déesse Grenouille » suggère également les anciennes caractéristiques genrées de la Fête Maguai. Dans le système mythologique zhuang, la déesse Maguai est la fille du Roi du Tonnerre, gouverne les pluies et permet à la terre de bénéficier d’un climat favorable. Cette conception de la grenouille comme divinité féminine peut être liée au culte maternel des temps anciens, ou encore à la forte capacité reproductive de la grenouille. Quelle que soit l’explication retenue, l’appellation « Déesse Grenouille » reflète la manière de penser primitive par laquelle les ancêtres zhuang personnifiaient et attribuaient un genre aux forces de la nature.
La légende de Donglin et Buluotuo
La Fête Maguai trouve son origine dans le culte de la grenouille pratiqué par le peuple zhuang. Sa légende centrale est liée à Buluotuo, ancêtre fondateur des Zhuang, et à Donglin, un fils filial.
On raconte qu’il y a très longtemps, dans une région zhuang, vivait un jeune homme appelé Donglin, qui depuis son enfance ne comptait que sur sa mère. Un jour, la mère de Donglin mourut. Accablé de douleur, il observa le deuil en pleurant. À l’extérieur de la maison, les grenouilles coassaient sans cesse, jour et nuit. Donglin en fut profondément irrité et, craignant que l’esprit de sa vieille mère ne puisse reposer en paix, il fit chauffer de l’eau et la versa sur les grenouilles. Les grenouilles moururent ou furent blessées en grand nombre et, dès lors, plus aucune pluie ne tomba du ciel, tandis que le monde humain se remplit de lamentations. Donglin, terrifié, alla demander de l’aide à l’ancêtre divin Buluotuo et à la mère divine Meiluojia. Buluotuo lui expliqua que les grenouilles n’étaient pas des créatures ordinaires du monde humain : elles étaient les enfants du Dieu du Tonnerre au ciel, et ce n’était que lorsqu’elles appelaient que la pluie bienfaisante descendait. Lorsque les hommes avaient besoin de pluie, les grenouilles levaient la tête et coassaient ; après avoir entendu depuis le ciel les cris des grenouilles sur terre, le Roi du Tonnerre faisait tomber la pluie. Donglin devait donc leur présenter ses excuses.
Donglin se hâta alors de faire retentir un tambour de bronze le premier jour du Nouvel An lunaire, invita la Déesse Grenouille à revenir au village pour célébrer le Nouvel An et demanda également à mille personnes d’organiser les funérailles des grenouilles mortes. À partir de ce moment, le monde humain reçut de nouveau la protection de la Déesse Grenouille, et le vent ainsi que la pluie arrivèrent au bon moment. Depuis lors, les Zhuang vivant le long de la rivière Hongshui, dans l’ouest du Guangxi, célèbrent chaque année la Fête Maguai et rendent un culte au Maguai.
Le lien entre les légendes de la Fête Maguai et la culture du tambour de bronze
La Fête Maguai est apparue avec la culture zhuang du tambour de bronze dans le bassin de la rivière Hongshui et s’est transmise de génération en génération jusqu’à aujourd’hui. Le tambour de bronze est l’instrument de musique et l’objet rituel le plus essentiel de la Fête Maguai. Dans la légende, Donglin suit les instructions de Buluotuo et frappe le tambour de bronze pour inviter la Déesse Grenouille à revenir au village célébrer le Nouvel An. Le son puissant et métallique du tambour de bronze est considéré comme une voix sacrée capable de relier le ciel et la terre. Lorsque le tambour retentit, la Déesse Grenouille peut entendre l’appel du monde humain et descendre du ciel vers la terre. Les tambours de bronze fabriqués par les ancêtres zhuang portent souvent des sculptures tridimensionnelles de grenouilles sur leur surface, matérialisation directe du culte du Maguai.
Histoire et transmission de la Fête Maguai
La date exacte d’apparition de la Fête Maguai ne peut actuellement être établie, faute de documents et de témoignages écrits suffisants. Cependant, selon la transmission orale des dépositaires de la tradition, la Fête Maguai de Baying possède une longue histoire et des origines anciennes, et aurait plus de quatre cents ans. Dans les régions de Donglan, Bama, Fengshan, Tian’e et d’autres zones du bassin de la rivière Hongshui, le culte du Maguai a été particulièrement répandu. Historiquement, environ trois cents pavillons communautaires du Maguai y ont été construits, ainsi qu’un nombre incalculable de pentes funéraires consacrées au Maguai.
De nombreuses légendes circulent parmi les Zhuang du bassin de la rivière Hongshui au sujet de l’origine de la Fête Maguai. L’une des versions les plus largement répandues vient du district de Donglan. Donglin, suivant les instructions de Buluotuo, frappa le tambour de bronze, invita la Déesse Grenouille à revenir au village pour célébrer le Nouvel An et invita mille personnes à enterrer les grenouilles mortes. La piété filiale de Donglin émut le Ciel et, à partir de ce moment, les villages zhuang situés le long de la rivière Hongshui connurent chaque année un climat favorable, des récoltes abondantes et la prospérité des hommes comme des animaux en toute saison.
Les origines et l’histoire de la Fête Maguai de Baying ne sont pas consignées dans des documents écrits détaillés, mais ses procédures rituelles, ses lignées de transmission et les techniques de fabrication de ses objets sont transmises grâce à l’enseignement oral et pratique des dépositaires de la tradition. La Fête Maguai de Baying est une activité culturelle organisée de manière autonome par les détenteurs populaires de la tradition dans les communautés zhuang et constitue une grande fête traditionnelle des Zhuang du bassin de la rivière Hongshui.
De la période pré-Qin aux dynasties Tang et Song
Les origines de la Fête Maguai peuvent être rattachées à la période où les ancêtres zhuang pratiquaient le culte totémique de la grenouille. Les Zhuang sont un ancien peuple de la région de Lingnan, et leurs ancêtres cultivaient déjà le riz sur ces terres il y a plusieurs milliers d’années. Le lien entre les grenouilles et la production rizicole est extrêmement étroit : le coassement des grenouilles annonce l’arrivée de la pluie, tandis que leur abondance ou leur rareté influence directement le degré d’infestation des rizières par les insectes. Au cours d’une longue pratique agricole, les ancêtres zhuang développèrent progressivement un culte de la grenouille et la considérèrent comme une divinité gouvernant le vent et la pluie.
À l’époque pré-Qin, des textes mentionnent déjà chez les ancêtres zhuang, qui formaient une branche des anciens peuples Yue, des coutumes telles que « couper les cheveux et tatouer le corps » et « vénérer les serpents et les grenouilles ». L’essor de la culture du tambour de bronze dans la région de Lingnan fournit à la Fête Maguai son support rituel le plus important. Les tambours de bronze coulés par les ancêtres zhuang portent souvent des sculptures tridimensionnelles de grenouilles sur leur surface, manifestation matérielle du culte de la grenouille. Avec la diffusion et la popularisation de la culture du tambour de bronze, les rites de culte de la grenouille accomplis à l’aide de ces instruments prirent progressivement une forme établie.
Sous les dynasties Tang et Song, à mesure que les dynasties centrales développèrent davantage la région de Lingnan, la structure sociale des ancêtres zhuang connut de profondes transformations. La riziculture continua de se développer et le lien entre la Fête Maguai et la production agricole se renforça. Bien que les documents des périodes Tang et Song contiennent peu de références directes à la Fête Maguai, l’essor de la culture du tambour de bronze et la diffusion du culte zhuang de la grenouille fournirent un solide terreau culturel pour la formation de la fête. Il est possible qu’aux époques Tang et Song, la Fête Maguai ait déjà commencé à évoluer d’une simple activité sacrificielle vers une fête globale associant rites, chants et danses, ainsi qu’interactions sociales.
Époques Ming et Qing
Les dynasties Ming et Qing constituent une période importante dans la fixation et l’essor de la Fête Maguai dans le bassin de la rivière Hongshui. De la fin des Ming au début des Qing, avec l’augmentation de la population zhuang et l’expansion des villages, le système rituel de la Fête Maguai se développa et se normalisa davantage. Selon la transmission orale des dépositaires de la tradition, la Fête Maguai de Baying aurait plus de quatre cents ans d’histoire, ce qui situe son origine approximativement entre la fin des Ming et le début des Qing. Dans les régions de Donglan, Bama, Fengshan, Tian’e et d’autres zones du bassin du Hongshui, le culte du Maguai était particulièrement répandu. Historiquement, environ trois cents pavillons communautaires du Maguai furent construits, ainsi qu’un nombre incalculable de pentes funéraires du Maguai. La construction de ces pavillons et de ces lieux funéraires montre qu’aux périodes Ming et Qing, la Fête Maguai disposait déjà d’espaces rituels fixes et d’un système sacrificiel complet.
Sous la dynastie Qing, la société des régions zhuang fut relativement stable et la riziculture continua de se développer. En tant que fête importante destinée à prier pour un climat favorable et des récoltes abondantes, la Fête Maguai fut largement transmise dans les villages zhuang du bassin de la rivière Hongshui. Son déroulement rituel — chercher le Maguai, rendre un culte au Maguai, observer des rites de piété filiale envers le Maguai et enterrer le Maguai — était déjà globalement fixé sous les Qing. Les rencontres de chants du Maguai et la danse du Maguai se développèrent également durant cette période et devinrent l’une des expressions artistiques les plus vivantes de la culture agricole zhuang.
Époque moderne et contemporaine
Durant la période républicaine, avec l’introduction de la culture occidentale et le développement de l’éducation moderne, la société traditionnelle zhuang connut de profondes mutations. Bien que la Fête Maguai ait subi certaines perturbations, elle conserva une forte vitalité dans les villages reculés du bassin de la rivière Hongshui. Pendant la Guerre de résistance contre l’agression japonaise et la Guerre de libération, les troubles sociaux eurent un certain impact sur l’organisation de la fête, mais ses rituels essentiels et sa mémoire culturelle continuèrent à se transmettre parmi la population.
Après la fondation de la Chine nouvelle, le système social des régions zhuang connut des transformations fondamentales. Cependant, pendant la « Révolution culturelle », la Fête Maguai fut considérée comme une « superstition féodale », fut attaquée et interdite, et sa transmission fut temporairement interrompue. Les pavillons communautaires du Maguai furent démolis, les pentes funéraires furent nivelées et de nombreux détails rituels ainsi que des textes sacrificiels furent perdus à cette époque.
Après le début de la réforme et de l’ouverture, avec le rétablissement et la mise en œuvre des politiques ethniques, la Fête Maguai put être restaurée et transmise de nouveau. Dans différentes régions, les villages zhuang recommencèrent à organiser des activités de la Fête Maguai, et les anciens rituels retrouvèrent leur vitalité sur les rives de la rivière Hongshui. La Fête Maguai revint non seulement dans les villages, mais entra aussi dans le champ de la recherche universitaire, devenant un sujet important pour l’ethnologie et l’étude du folklore.
Époque contemporaine
En 2006, la Fête Maguai du peuple zhuang a été inscrite sur la première liste des projets représentatifs du patrimoine culturel immatériel de niveau national. Son numéro d’ordre est 463, son numéro de projet est X-15, la région ou l’unité de déclaration est la ville de Hechi, Région autonome zhuang du Guangxi, et l’organisme de protection est le Centre de protection du patrimoine culturel immatériel de la ville de Hechi. En 2013 et 2014, elle a obtenu deux années consécutives le « Prix de la fête au caractère ethnique le plus marqué » parmi les excellentes fêtes ethniques de Chine.
Dans la société contemporaine, la Fête Maguai n’a pas décliné ; elle connaît au contraire une expansion croissante. En février 2023, la Fête Maguai zhuang organisée dans le canton de Bachou, district de Donglan, comprenait la Danse du Maguai, des rassemblements de tambours de bronze, des rencontres de chants populaires, des expositions gastronomiques, des spectacles folkloriques, des expériences liées à la culture agricole et une soirée festive autour d’un feu de joie, attirant cent mille visiteurs chinois et étrangers. Le 1er mars 2025, deuxième jour du deuxième mois lunaire, le village de Baying, canton de Bachou, district de Donglan, ville de Hechi, a accueilli la Fête Maguai zhuang annuelle, réunissant plusieurs dizaines de milliers de visiteurs autour d’un rendez-vous du patrimoine culturel immatériel « Maguai » traversant près de quatre siècles.
Avec l’évolution de la société, la Fête Maguai continue également de s’adapter aux besoins du monde moderne. Ces dernières années, le canton de Bachou, dans le district de Donglan, a pris la Fête Maguai comme occasion pour organiser de manière innovante des activités festives folkloriques caractéristiques dans le cadre du Festival touristique de la culture agricole des villages zhuang de Bachou, sous le principe « un thème chaque mois, une marque pour chaque village ». La Fête Maguai est devenue une plateforme importante pour présenter la culture zhuang, promouvoir l’unité ethnique et favoriser l’intégration de la culture et du tourisme.
Chercher le Maguai
À l’aube du premier jour du premier mois lunaire, les habitants font retentir des tambours de bronze et partent en groupes dans les champs à la recherche de grenouilles encore en train de sortir de leur hibernation. Hommes et femmes, jeunes et vieux de tout le village se dispersent dans les champs voisins et le long des ruisseaux, cherchant partout le « Yaguai » tant attendu, appelé localement « Maguai Po ».
Selon la tradition, la première personne qui trouve une grenouille est considérée comme chanceuse et reçoit le titre de « gendre du Roi du Tonnerre », ou « Maguai Lang », devenant le chef du Maguai pour l’année. Le chef conduit alors tout le monde à allumer des pétards et des fumigènes afin d’annoncer au Roi du Tonnerre la bonne nouvelle que le monde humain célèbre le culte du Maguai. La grenouille est ensuite ramenée au village et placée dans un palanquin décoré. Le Maguai trouvé est introduit dans un tube de bambou préparé à l’avance, appelé « cercueil du Maguai ».
Rendre un culte au Maguai
Le culte au Maguai a lieu principalement le quinzième jour du premier mois lunaire. Les principales activités comprennent l’érection de bannières, les sacrifices et les rencontres de chants du Maguai. Les habitants disposent des offrandes, frappent les tambours de bronze, brûlent de l’encens et rendent un culte au Maguai. La cérémonie est présidée par un ancien très respecté du village. Le cercueil du Maguai est installé dans le pavillon du Maguai et l’on présente comme offrandes les trois animaux sacrificiels, du riz gluant aux cinq couleurs, du vin et d’autres produits. L’officiant récite les textes sacrificiels et prie la Déesse Maguai de bénir tout le village en lui accordant un climat favorable, des récoltes abondantes ainsi que la prospérité des hommes et des animaux.
L’érection de la bannière est une étape importante du culte au Maguai. Chaque année, le quinzième jour du premier mois lunaire, les habitants du village de Baying organisent l’activité folklorique de « l’érection de la bannière » de la Fête Maguai. Il s’agit de « dresser une perche et suspendre une bannière », c’est-à-dire une bannière de papier, appelée « Yaotonggan » en langue zhuang. Les villageois dressent près du lieu funéraire fixe du Maguai, à l’entrée du village, une bannière de papier colorée haute de cinq à six mètres, déposent des offrandes, frappent les tambours de bronze, font éclater des pétards et rendent un culte au Maguai. Le rituel de l’érection de la bannière symbolise les 365 jours de l’année. Selon la croyance, ce jour est celui où l’Empereur de Jade accorde une grâce particulière et autorise les paysans à offrir des souris en sacrifice afin que les divinités célestes les punissent, les empêchent de détruire de nouveau les cultures et bénissent la nouvelle année d’un climat favorable, de récoltes abondantes et de la prospérité des hommes et des animaux.
Observer des rites de piété filiale envers le Maguai
Observer des rites de piété filiale envers le Maguai constitue l’une des étapes les plus empreintes de dimension humaine de la Fête Maguai. Dans la culture zhuang, la « piété filiale » ne s’adresse pas seulement aux parents, mais aussi aux divinités. Ce rite reflète la conception traditionnelle zhuang selon laquelle les divinités naturelles sont considérées comme des membres de la famille.
Après vingt-cinq jours de veillée et de procession dans le village, la Fête Maguai entre dans son point culminant. Les habitants dansent la Danse du Maguai et chantent les chants du Maguai pour garder la veillée auprès du Maguai. Pendant la veillée, ils accompagnent le Maguai toute la nuit et expriment, par le chant et la danse, leur respect et leur gratitude envers lui. Le soir, le palanquin décoré est porté jusqu’au pavillon du Maguai, où l’on danse la Danse du Maguai et chante les chants du Maguai afin d’observer la veillée. Toute la nuit, le son des tambours de bronze ne cesse pas, tandis que chants et danses se succèdent. Les habitants accompagnent ainsi le Maguai durant ses derniers moments de la manière la plus fervente.
Procession dans le village et culte au Maguai
Du premier jour jusqu’à la fin du premier mois lunaire, les enfants transportent la grenouille dans le village pendant la journée et adressent leurs vœux à chaque foyer. Portant le « cercueil du Maguai » et frappant les tambours de bronze, ils défilent dans le village, s’arrêtent un moment devant chaque maison et récitent ensemble des paroles de bénédiction, jusqu’à ce que le « cercueil du Maguai » soit ramené à l’endroit prévu.
La procession de visite au Maguai consiste à se rendre de foyer en foyer. À chaque maison, les habitants récitent à haute voix des formules de bénédiction, souhaitant à la famille hôte que tout se passe favorablement au cours de la nouvelle année, que le bétail prospère et que les récoltes soient abondantes. Le maître de maison fait éclater des pétards pour les accueillir et leur offre en remerciement du riz, des gâteaux de riz gluant, des œufs rouges, des enveloppes rouges et d’autres présents. Les cadeaux obtenus pendant la procession sont appelés « produits de bonheur et de longévité ». Le riz du Maguai est constitué des offrandes apportées par les différents foyers. Selon la coutume traditionnelle, après la fin des activités de la Fête Maguai, tout le village se réunit pour un repas collectif.
Enterrer le Maguai
L’enterrement du Maguai est le rituel le plus mystérieux de la Fête Maguai et constitue également le point culminant de toute la fête. Ce jour-là, les habitants choisissent une heure propice, portent le palanquin décoré jusqu’au lieu d’inhumation de la grenouille et ouvrent le précieux cercueil dans lequel avait été enterrée la grenouille de l’année précédente. Si les os de la grenouille sont devenus jaune doré, cela annonce une bonne année ; tous les tambours de bronze retentissent immédiatement et la foule pousse des cris de joie. Si les os sont gris ou noirs, cela signifie que l’année sera mauvaise ; les habitants brûlent alors de l’encens et prient pour éloigner les calamités et attirer les bénédictions.
Lors de l’inhumation du nouveau Maguai, tout le monde se tient respectueusement debout et en silence. Le « gendre du Maguai » dépose d’abord le cercueil en terre selon une orientation d’est en ouest, puis tous se précipitent pour ajouter de la terre et élever le tertre funéraire. Des offrandes sont déposées autour de la tombe. La cérémonie d’inhumation de la nouvelle grenouille est extrêmement solennelle : le cercueil du Maguai de l’année est placé dans la fosse et un dernier adieu est organisé.
Après l’enterrement du Maguai, hommes et femmes, jeunes et vieux, se rassemblent autour d’un feu de joie pour chanter et danser, envoyant l’âme du Maguai vers le ciel. Cette nuit-là, les habitants font la fête sans retenue jusqu’à l’aube.
Rencontres de chants du Maguai et Danse du Maguai
La rencontre de chants du Maguai est l’une des activités importantes de la Fête Maguai. Pendant la fête, les habitants frappent gongs et tambours et invitent des chanteurs venus de toutes parts. Tous revêtent leurs habits de fête et se réunissent dans la joie, tandis que les chants résonnent dans les champs. De jeunes hommes et de jeunes femmes non mariés venant des villages zhuang voisins affluent, se rassemblent autour des feux, se mettent par deux et se donnent rendez-vous dans les champs afin de chercher la personne qui leur plaît à travers les « chants du Maguai », c’est-à-dire des chants populaires d’amour interprétés en alternance.
La Danse du Maguai est la forme de danse la plus représentative de la Fête Maguai. Ses mouvements imitent pour la plupart ceux de la grenouille. Parmi les principaux gestes figurent l’accroupissement profond sur les deux jambes, le corps penché en arrière en s’appuyant sur un bâton, les déplacements latéraux par petits pas rapides, ainsi que des mouvements de levée, de frappe, de tremblement et de petits tapotements. La danse est fortement imprégnée de la vie quotidienne et possède un caractère humoristique et plaisant. Lors de la nuit culminante de la Fête Maguai, les habitants portent d’anciens masques et exécutent des danses populaires telles que la Danse de Vénération du Dieu Maguai, la Danse de Vénération du Tambour de Bronze, la Danse du Hersage et du Labour, la Danse du Repiquage du Riz, la Danse de la Pêche et de la Capture des Crevettes, la Danse du Filage et du Tissage, ainsi que la Danse de Vénération du Maguai pour la Récolte. Chacune de ces danses constitue une expression artistique de la vie agricole zhuang.
L’alimentation de la Fête Maguai
La cuisson à la vapeur du riz gluant aux cinq couleurs est l’une des préparations alimentaires les plus importantes de la Fête Maguai. Ce riz est teint à l’aide de colorants végétaux naturels, possède des couleurs éclatantes et est parfumé et savoureux. Le pilage du ciba, gâteau de riz gluant, est une activité collective pendant la fête, tandis que les œufs rouges symbolisent l’auspice et la joie. Le jour des activités, les villageois abattent des porcs et des poulets et préparent un abondant banquet de fête. Le riz du Maguai est constitué des offrandes apportées par les différents foyers et, selon la coutume traditionnelle, après la fin de toutes les activités de la Fête Maguai, l’ensemble du village se réunit pour un repas collectif.
La place centrale du tambour de bronze dans la Fête Maguai
Pendant toute la durée de la Fête Maguai, le tambour de bronze constitue l’élément central du début à la fin. Du son des tambours de bronze lors de la recherche du Maguai le premier jour du premier mois lunaire, à leur accompagnement pendant la procession de visite au Maguai, jusqu’à leur utilisation rituelle lors du culte et de l’enterrement du Maguai, le puissant son métallique des tambours de bronze constitue le paysage sonore le plus distinctif de la fête. L’un des moments forts de la Fête Maguai de Baying est le Rassemblement des Tambours de Bronze de Baying, au cours duquel des visiteurs venus du monde entier et des habitants locaux font retentir ensemble trois cents tambours de bronze, créant une scène grandiose et impressionnante.
La signification sacrée du tambour de bronze
Les tambours de bronze coulés par les ancêtres zhuang portent souvent des sculptures tridimensionnelles de grenouilles sur leur surface. Ces sculptures sont précisément une matérialisation du culte du Maguai. Le son du tambour de bronze est considéré comme une voix sacrée capable de relier le ciel et la terre. Lorsque le tambour retentit, la Déesse Maguai peut entendre l’appel du monde humain et descendre du ciel. Dans la Fête Maguai, le tambour de bronze n’est donc pas seulement un instrument de musique, mais aussi un médium reliant le ciel, la terre, les êtres humains et les divinités.
La rivière Hongshui est un cours d’eau majeur de la partie supérieure du fleuve Xijiang. Depuis des milliers d’années, elle irrigue les terres fertiles de ses deux rives et a donné naissance à des cultures ethniques riches et brillantes, notamment la culture rizicole, la culture des habitations sur pilotis, la culture des foires de chants et la culture du tambour de bronze. Elle est appelée « rivière mère du peuple zhuang » et « berceau de la civilisation zhuang ». Le village de Baying, dans le district de Donglan, est l’un des villages zhuang où les coutumes traditionnelles de la Fête Maguai sont les mieux préservées. Il conserve de manière complète l’ensemble des anciens rituels, depuis la recherche du Maguai dans les champs et son culte le deuxième jour du premier mois lunaire jusqu’aux rites de piété filiale et de vénération du Maguai le deuxième jour du deuxième mois lunaire.
Respect de la grenouille et culte de l’eau
L’esprit culturel le plus fondamental de la Fête Maguai réside dans la vénération de la grenouille et le culte de la pluie. Dans le système de croyances zhuang, la grenouille est une divinité gouvernant le vent et la pluie et l’un des enfants envoyés dans le monde humain par le Roi du Tonnerre. Les Zhuang sont un peuple dont l’agriculture repose principalement sur la culture du riz, et l’abondance ou la rareté des pluies détermine directement la récolte de l’année. Tous les rituels de la Fête Maguai — de la recherche du Maguai à son enterrement — s’articulent autour de « la demande de pluie » et de « la prière pour l’abondance ». Cette croyance consistant à « respecter la grenouille et vénérer l’eau » reflète la profonde connaissance des lois naturelles acquise par les ancêtres zhuang et l’attention étroite qu’ils portaient à la production agricole.
Sacrifice au Ciel et divination
Le cœur de la Fête Maguai réside dans le « sacrifice » et la « divination ». Le sacrifice exprime la vénération de la Déesse Grenouille qui gouverne le vent et la pluie : à travers les rites sacrificiels, les Zhuang expriment leur gratitude envers les forces naturelles et leur espoir de récoltes abondantes. La divination consiste à examiner les os de la grenouille afin de prédire les conditions de l’année à venir. À une époque où les sciences n’étaient pas encore développées, les habitants utilisaient ce rituel mystérieux pour prévoir l’avenir, obtenir un réconfort psychologique et renforcer leur confiance dans l’avenir. À travers la divination par les os, la Fête Maguai exprime les préoccupations et les attentes du peuple zhuang concernant ce qui l’attend. Le jaune doré symbolise l’abondance, tandis que le gris ou le noir annoncent une mauvaise récolte. Cette forme simple de divination reflète la sagesse de survie des peuples agricoles dont la subsistance dépendait du climat.
Riziculture
La Fête Maguai est un symbole culturel de la civilisation agricole fondée sur la riziculture. Elle trouve son origine dans le culte de la grenouille du peuple zhuang, et le lien entre les grenouilles et la production de riz est extrêmement étroit. Dans la Danse du Maguai, la Danse du Hersage et du Labour, la Danse du Repiquage du Riz, la Danse de la Pêche et de la Capture des Crevettes, la Danse du Filage et du Tissage ainsi que la Danse de Vénération du Maguai pour la Récolte constituent précisément des expressions artistiques de la vie agricole zhuang. Tous les rituels de la Fête Maguai — depuis le choix de la période, du premier jour du premier mois lunaire au deuxième jour du deuxième mois lunaire, jusqu’au contenu rituel, centré sur la demande de pluie et l’abondance, et aux formes de danse imitant les travaux agricoles — sont étroitement liés à la riziculture.
Cohésion communautaire
La Fête Maguai prend pour noyau le clan et le village, et pour base chaque foyer individuel. Elle rassemble les forces de l’ensemble du lignage et de tout le village et forme ainsi naturellement un lien de cohésion communautaire. Depuis la sortie collective de tout le village pour chercher le Maguai, en passant par les visites de foyer en foyer lors de la procession, jusqu’au repas collectif de tout le village après l’enterrement du Maguai, chaque étape de la fête renforce l’unité et l’identité au sein de la communauté. Ces dernières années, le village de Baying a profité de la Fête Maguai pour organiser de manière innovante des activités festives folkloriques caractéristiques, attirant plus de 500 000 visiteurs chinois et étrangers et générant 10 millions de yuans de consommation.
Conclusion
La formation de la Fête Maguai est le résultat de l’accumulation, durant plusieurs milliers d’années, de la civilisation rizicole et de la culture religieuse du peuple zhuang. Elle trouve son origine dans le culte primitif de la grenouille pratiqué par les ancêtres zhuang : le coassement annonçait la pluie et les grenouilles protégeaient les rizières. Dans la légende de Donglin et Buluotuo, elle a acquis son noyau spirituel fondé sur la vénération de la nature ; dans la culture du tambour de bronze, elle a obtenu un médium rituel capable de relier le ciel et la terre ; dans l’agriculture rizicole du bassin de la rivière Hongshui, elle a trouvé ses racines de survie les plus profondes ; et dans sa chaîne rituelle systématique et complète, elle a acquis son expression culturelle la plus vivante.
Du culte totémique de la grenouille de la période pré-Qin à l’essor de trois cents pavillons communautaires du Maguai dans le bassin de la rivière Hongshui sous les dynasties Ming et Qing ; du silence et de l’interruption pendant la « Révolution culturelle » à sa reconnaissance comme patrimoine culturel immatériel de niveau national en 2006 ; des rassemblements sacrificiels spontanément organisés dans les villages aux grandes célébrations culturelles et touristiques attirant plusieurs dizaines de milliers de visiteurs en 2025, la Fête Maguai a connu une longue évolution, du totem à la divinité, du sacrifice à la fête, du village à la nation et de la tradition à la modernité. Elle porte à la fois la vénération des ancêtres zhuang envers les forces naturelles et leur espoir de récoltes abondantes, tout en exprimant les aspirations les plus simples et les plus sincères du peuple zhuang à un climat favorable, à des récoltes abondantes et à la prospérité des hommes et des animaux.
En 2006, la Fête Maguai du peuple zhuang a été inscrite sur la première liste nationale du patrimoine culturel immatériel, sous le numéro X-15. La Fête Maguai des rives de la rivière Hongshui a traversé les millénaires et continue de se perpétuer entre les montagnes verdoyantes et les eaux limpides de l’ouest du Guangxi grâce à son charme culturel mystérieux et singulier. Les coutumes de la Fête Maguai constituent à la fois une expression concentrée de la croyance ancestrale zhuang consistant à « respecter la grenouille et vénérer l’eau » et une manifestation quotidienne de la sagesse propre à la civilisation rizicole, dont la subsistance dépendait du climat. Tout comme le son puissant des tambours de bronze et les anciens chants du Maguai, qui ont traversé mille ans de vents et de pluies, la prière éternelle du peuple zhuang pour un climat favorable et des récoltes abondantes résonne encore aujourd’hui sur les rives de la rivière Hongshui.
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Commentaires des Lecteurs
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